Il répéta, se relevant comme elle le lui enjoignait, et l’accent soudain durci :
— « Que dis-tu, Nicole ?… Perds-tu la tête ?…
— Non… Mais j’ai failli la perdre… J’ai eu un moment de folie… Je ne serai en sécurité qu’après m’être confessée à toi… Tu viens de m’apparaître si grand… Ah ! Raoul, sois mon refuge… »
Elle tremblait. Les mots s’étranglaient dans sa gorge. A peine avait-elle commencé l’acte de contrition, qu’elle en sentait la difficulté, le péril. Ce qu’elle n’en voyait pas, c’était la cruauté. Mais l’amant, dans son mari, ne pouvait apparaître à son cœur, qu’aveuglait une autre passion. Celui vers qui jaillissait son aveu, c’était l’époux abstrait, à qui elle voulait garder sa foi, le héros si ferme dans l’accomplissement du sacrifice, l’ami suprême, dont elle venait de mesurer le dévouement, la sollicitude… A ce personnage mystique, elle adressait des gémissements de faiblesse humaine. Mais c’étaient des oreilles humaines, c’était une poitrine de chair et de sang, qui recevaient la hasardeuse confidence. A mesure que la griserie sublime et que la terreur de la chute, haussaient Nicole jusqu’à la plus extravagante franchise, le déchirement d’une blessure atroce ramenait Raoul dans la région brutale des instincts. Seulement, chez lui, la brutalité restait froide, l’orgueil dominait tout.
Il posait nettement, férocement, la question :
— « Parle clair. Je n’entends rien aux fuyantes périphrases des femmes. Tu as une intrigue ?… »
Elle s’effara. La réalité surgit. L’enthousiasme généreux se retira d’elle comme une vague qui reflue. Balbutiante, sa protestation trébucha sur ses lèvres.
— « Ah ! on a des surprises étranges avec vous autres ! » dit amèrement Raoul, en une de ces formules dédaigneuses où il enveloppait volontiers tout l’autre sexe. « J’avais pourtant confiance en toi, Nicole. Pourquoi ?… Je n’en sais rien, car je connais les femmes. Quant à te demander au juste où tu en es de ton aventure, ni de qui il s’agit, je n’essaierai même pas. Les aveux de ce genre ne sont jamais que des demi-aveux.
— Raoul !…
— Qu’est-ce qui t’a pris de me faire celui-là ? Je ne le conçois pas. Le moment n’est pas si gai pour moi, et je n’avais pas trop de toute mon énergie.