Dans sa garçonnière de la rue Rodier, Jacques Fontès, renversé au fond d’un fauteuil de cuir, les pieds tendus vers la salamandre, qui chauffait le salon-studio et, en même temps, la chambre, examinait son portrait, reproduit à la première page d’un grand quotidien.
Les deux pièces principales de son appartement—(La troisième servait de cabinet de toilette, la cuisine n’était qu’un débarras)—formaient, au deuxième étage d’un immeuble neuf, un angle sur l’avenue Trudaine. Des fenêtres, on apercevait le collège Rollin, maussade, et la place d’Anvers,—morne espace vide, l’hiver, vibrante de cris et de poussière, l’été.
Perspective banale, qui, tout à l’heure, quand Jacques l’avait revue, après son court voyage succédant à la levée de l’écrou, lui parut si radieuse que, tel un écolier échappé à la retenue, il lui avait envoyé des baisers à travers les carreaux.
Maintenant, malgré le plaisir vaniteux que lui procurait l’examen des journaux, il s’en détachait de temps à autre pour contempler autour de lui les objets familiers, s’assurer qu’il était bien au milieu d’eux, et raffiner sa satisfaction par l’idée qu’il avait failli ne jamais les revoir.
Les meubles en acajou, compliqués de tablettes, de niches, de miroirs bizeautés, tendus de velours amande—genre anglais—offraient toujours cet aspect confortable, presque luxueux, qui rappelait à Jacques le joyeux gaspillage de l’argent paternel, après la mort du bonhomme Fontès. Le jeune homme, alors, ne regardait à rien. Et le moment n’en était pas assez éloigné pour que ce gentil intérieur de garçon eût perdu son air cossu et reluisant.
Bien astiqués par une concierge modèle, le bureau, les sièges, la bibliothèque à encoignure, où se creusait un divan, les reliures pimpantes, les bibelots laqués ou vernissés, les panoplies, les cadres en cuir ou en bois sombre, enfermant des gouaches anciennes, des gravures en couleurs, réjouissaient les yeux de leur propriétaire. Une porte, ouverte pour égaliser la température, que tiédissait la salamandre, laissait apercevoir une partie de la chambre, la grande armoire à triple glace et le coin du lit bas, drapé de peluche vieil or.
Jamais autant qu’aujourd’hui, Jacques n’avait apprécié le tranquille bien-être de son home. Ah! la volupté du nid, d’où il s’élancerait tout à l’heure, libre, vers le plaisir!... Où, si la fantaisie lui en prenait, il ramènerait, fiévreux d’impatience, la passagère conquête, à la capture de laquelle se serait enflammé son caprice.
Un sentiment si fougueux de délivrance exaltait le jeune homme que, par instants, il riait ou parlait tout haut. Brusquement il se leva, chercha des cigarettes, en alluma une. Puis, enfin, il eut quelques minutes d’immobilité, en relisant ligne à ligne un article, d’abord parcouru d’un trait.
Voici ce que disait cet article:
«Nous avions parfaitement raison d’affirmer à nos lecteurs que le Parquet de Pontoise commettait la plus lourde gaffe en incriminant M. Jacques Fontès. D’autres journaux ayant donné le nom de ce jeune homme, parfaitement honorable, nous ne nous faisons plus un scrupule de le livrer à la publicité, ce qui, d’ailleurs, ne peut rien avoir de désobligeant pour lui.