Jusqu’à la tenue de ces deux jeunes hommes les dépareillait singulièrement. Tandis que Clément avait passé, pour être à l’aise, une chemise de flanelle, au col lâche noué d’une lavallière rouge, son cadet haussait le cou sur un carcan de linge empesé de huit à dix centimètres de haut, et étalait entre les revers d’un veston de tennis, l’éclat d’un plastron irréprochable.
—«Tu retournes donc à Paris, ce soir?» demanda Clément, qui s’avisa de cette élégance.
—«Non,» riposta l’autre. «J’aime me sentir dans une chemise propre, voilà tout.» Il ajouta:
—«On ne se soigne pas seulement pour la galerie. Je serais volontiers de l’école des Anglais, dont un seul, au plus profond des jungles, arbore l’habit de soirée pour dîner en tête-à-tête avec lui-même.
—Si les Anglais n’avaient que cela pour s’imposer aux deux tiers du globe!
—C’est quelque chose.
—Non, ce n’est rien,» riposta Clément, «du moins dans le sens que tu lui attribues. Tu prends pour un fait ce qui n’est que le signe d’un fait. Ce geste, insignifiant en lui-même, n’a de portée que parce qu’il traduit l’énergie anglo-saxonne, l’empire sur soi, la discipline, à laquelle cette race, en tout et partout, se soumet.»
Jacques comprit si peu, qu’il aurait riposté: «Eh bien, et moi!... est-ce que je ne m’impose pas la discipline de changer de linge pour m’attabler dans ce désert de Theuville?» ne saisissant pas qu’un détail n’a de valeur que lorsqu’il affirme et consolide un ensemble. S’il se tut, c’est qu’il ne tenait pas à contrarier son frère, ayant quelque chose à lui demander.
—«Je retourne d’autant moins à Paris,» reprit-il, «que j’aimerais te dire deux mots, si tu as le temps de m’écouter après le dîner.»
Une certaine appréhension contracta le sourcil de Clément.