—Coupable ...» s’écria Fontès. «Il n’y a qu’un coupable. Le lâche qui fuit ce devoir délicieux que votre amour lui crée. Son nom, qu’il vous doit, est le mien. Laissez-moi vous le donner, Xavière.»

Un gémissement sourd, expression d’une indicible douleur, s’échappa des lèvres décolorées de Mlle Ausserand. Fontès eut un élan, comme s’il lui avait fait sans le vouloir un mal physique. Elle se déroba, cachant d’une main sa figure.

—«Chère petite!.. que vous ai-je fait? Comment prenez-vous ce que je vous dis? Vous ai-je blessée?.. Mon Dieu!.. je ne suis qu’un rude garçon,—un vieux garçon pour vous, petite fleur de jeunesse ... Je voudrais tant vous donner ma vie ... toute mon existence, en faible compensation de ce qu’on a gâché de la vôtre. Ma petite Xavière ... regardez-moi encore ... doucement ... comme tout à l’heure. Vous ne savez pas ... Il y a longtemps que je vous aime. C’est un sentiment si profond!.. Vous pouvez bien lui pardonner quelques maladresses.

—Lui pardonner!..» s’écria-t-elle. Les yeux suaves revinrent à ceux de Fontès. Il en tressaillit de toutes ses fibres. «Lui pardonner!» répéta la jeune fille. «Ah! Clément, la plus faible part de votre cœur, ce serait encore trop beau pour moi. Mais votre bonté ... votre bonté ... héroïque ... vous fait illusion ...

—Que voulez-vous dire?

—Cette «réparation», je ne l’accepterai pas de vous.»

Elle avait cruellement accentué le mot «réparation»—cruellement pour elle-même autant que pour lui, avec l’ironie d’un léger rire amer. Il fut atteint au vif. L’âpreté de sa nature le préparait mal aux subtilités féminines. La risposte s’en ressentit.

—«Pourquoi ne pas accepter de moi ce que mon frère vous doit et ne vous donnera jamais? Compteriez-vous encore sur lui après son outrageant silence?

—Oh!» cria-t-elle, «je ne le reverrai de ma vie!..

—On dit cela ... Mais vous l’aimez ... S’il revenait ...