De nouveau, ce fut le silence. Leurs pas inquiétèrent des oiseaux, dont les ailes, maladroites au sortir du sommeil, se froissèrent parmi les branches. Des odeurs déjà automnales flottaient, l’amertume des buis humides, l’arome triste des chrysanthèmes. C’était comme une odeur de souvenirs qui, par les sens, coulait jusqu’au cœur.
—«Tu n’empêcheras pas que je ne sois ton frère,» dit le cadet.
Ils émergèrent de l’ombre sur une terrasse qui, de ce côté, formait l’extrémité du jardin. La propriété s’étendait vers la vallée, au-dessus du Sausseron. En contre-bas, l’étroite rivière, étincelante de lune, serpentait entre les prés, comme une couleuvre à la robe luisante. D’ici, par le sentier, on était tout proche du moulin Barbery. Sa masse obscure barrait l’eau argentée. Sa rumeur arrivait, comme le bourdonnement d’une abeille nocturne. A l’une de ses fenêtres, il y avait encore de la lumière.
Jacques appuya ses deux mains sur la balustrade de pierre, et regarda le moulin.
Comme il s’absorbait dans cette contemplation, Clément lui mit la main sur l’épaule. Le jeune homme tressaillit violemment, et il tourna vers son frère aîné un visage que la clarté de la lune faisait étrangement blême.
—«Clément!... Clément!... viens à mon aide!» balbutia-t-il avec le spasme étouffé d’un noyé que l’eau suffoque.
—«Jacques, je t’ai dit que j’ai à travailler ce soir.
—C’est toute ta réponse?
—C’est toute ma réponse.»
Clément parlait avec froideur. Mais, brusquement, lorsqu’il eut prononcé ces mots, quelque chose d’affreux parut éclater en lui. Il marcha vers son cadet, et, sa cigarette jetée, les bras croisés convulsivement sur sa poitrine, il s’écria, d’un accent où tremblait autant de douleur que de colère: