—«Toi, mon gaillard?... Bravo! Comme te voilà leste!»
Fontès interpellait le petit estropié, le jeune frère du terrassier Burotte. Ce gamin venait de lui causer un saisissement, en bondissant hors du taillis, sur la route. Il était retombé sur le seul pied qu’il eût encore, puis, ramenant prestement sa jambe de bois, il se mettait au port d’armes et saluait militairement «m’sieu le maire.»
—«Ma foi!... on ne dirait jamais que tu n’as qu’une jambe.
—Mais j’en ai deux, m’sieu Fontès. Regardez la belle, toute neuve, que mademoiselle Xavière a fait faire exprès pour moi. Elle ne me blesse pas comme l’ancienne. Aussi je suis solide. On ne me blague plus à l’école. Gare à ceux qui m’appellent «bancroche»!
Il serrait ses petits poings, dardait des yeux intrépides. Clément posa une main sur sa tête.
—«Tu as raison, mon enfant, d’exercer ta vigueur, d’être agile et brave, malgré ta mauvaise part. Ceux qui t’appellent «bancroche» sont des lâches. Tout être a droit à la force contre la lâcheté, la méchanceté, la bassesse.
—Bien sûr, monsieur ... C’est des lâches. C’est les mêmes qui tourmentent les petits ... Pas quand je suis là, pourtant. Mais dites, m’sieu, est-ce que vous allez au Manoir?...»
S’il y allait!... Où serait-il allé, Clément Fontès, par ce chemin du coteau, tout parfumé en ce moment d’aubépine, et dont le proche tournant s’arrêtait comme coupé sur le plus beau ciel bleu qu’il eût jamais vu? Pourtant il tressaillit à la question de l’enfant.
—«Parce que,» continua celui-ci, avec cet air distrait que prennent les mioches quand ils disent quelque chose dont leur timidité se trouble, (et il commençait à tailler un brin de bois avec son mauvais couteau)—«si vous y alliez plus souvent, mademoiselle Xavière ne pleurerait peut-être plus.
—Tu l’as vue pleurer?» demanda Clément, dont le cœur sauta.