Les yeux hallucinés de Clément se fixaient sur le chien. Et le chien, sous ce regard, essayant avec une ardeur intelligente de comprendre les mots, commençait à ressentir un malaise. D’ailleurs, maintenant que le moulin était arrêté, l’animal percevait un mouvement inusité de gens, des bruits de pas. Il tendit l’oreille, gronda sourdement.
«Ce n’était pas Paulot,» méditait l’architecte. «Quelqu’un du dehors. Et quelqu’un de familier ici. Garuche?... Mais Garuche ne doit pas être un ami de Fiston. Cette bête, je sais, ne tolère pas volontiers les gens de mauvaise mine.»
—«Oh! toi, si tu pouvais parler!... Quel était ce visiteur nocturne auquel tu as fait le même accueil qu’à moi?»
Un frisson souleva les cheveux de Fontès.
«Le même accueil qu’à moi ...» répéta-t-il.
Ses deux mains, sauvagement, saisirent les oreilles touffues de Fiston. Ses prunelles, tout à coup hagardes, s’enfoncèrent dans les prunelles fauves et dorées de la bête. Qu’y croyait-il voir? Quel reflet? Allaient-elles lui révéler quelque chose, dans leur profondeur mystérieuse, troublée de pensée comme un regard humain.
Soudain—ce fut à la fois effrayant et puéril—cet homme fort recula, secoué d’un tremblement. Fiston, sans détourner des siens ses yeux, ses beaux yeux, maintenant pleins d’une indescriptible angoisse, hurlait lugubrement, hurlait à la mort. Cri brusque et sinistre, à briser les nerfs—des nerfs moins tendus même que ceux-ci.
Clément bien vite se reprenait, honteux de l’émoi physique. Eh quoi!... ce pauvre chien venait de s’alarmer, prévenu par l’instinct, par quelques signes inhabituels. Devait-on faire attention à un animal au milieu d’un pareil drame?