Il le laissa, monta sur le perron pour examiner la porte. Pas plus de clef à l’extérieur qu’à l’intérieur. Force fut à Fontès de rebrousser chemin, de rentrer en faisant le tour, comme il était sorti. Sans qu’il s’en aperçût, Fiston se coula sur ses talons.
Et alors ce fut la scène d’incomparable douleur. Rien ne put arrêter le chien dès qu’il eut senti, dès qu’il eut compris, dès qu’il eut vu. Il aurait déchiré qui l’eût saisi. Nul ne s’y risqua. Fiston se jeta sur Louisette avec des appels, des caresses, des sanglots. Il rampa tendrement contre ce corps, dont personne n’essaya de l’écarter. Avec une délicatesse singulière, son museau parcourut la face froide, s’enfouit parmi les cheveux dénoués, heurta la morte, à petits coups câlins, pour la tirer de son immobilité. Soudain l’inutilité de ses manœuvres lui apparut évidente. Alors il eut une plainte dont frémirent les assistants. Et il se retourna vers eux dans un tel mouvement de fureur que tous reculèrent. Puis il s’accroupit contre le corps, ramassé sur lui-même, comme dans la résolution têtue de ne plus jamais se laisser éloigner de là. Et, de fait, malheur à celui qui eût tenté de l’en déloger! Le moindre geste en avant, même de Paulot, son ami, provoquait un grognement redoutable. On découvrait alors, sous les babines retroussées, une rangée de crocs capables de broyer des os humains comme des fétus.
—«Ah! bien, ça ne va pas être commode pour les constatations,» observa quelqu’un.
Une voix répliqua:
—«V’là les gendarmes. Ils auront tôt fait de l’apprivoiser ... Quéques bons coups de plat de sabre ...
—Vous n’avez pas honte, Garuche?» dit Fontès.
Puis, s’adressant au chef:
—«Brigadier, faites évacuer le moulin. Restez ici jusqu’à l’arrivée des magistrats, que je vais appeler par téléphone. Inutile de vous recommander qu’aucun mal ne soit fait à ce chien.
—Bien entendu, monsieur le maire. Mais faut-il le tirer de là?