Une femme, faufilée au premier rang, cria très haut, pour la joie de tous:

—«Bravo, m’sieur le maire! Quand je pense que vot’ Gouvernement s’occupe de l’hygiène des prisons et des bains de ces messieurs les chourineurs. Est-ce qu’ils en ont de l’hygiène et des bains, ceux qui travaillent?»

Elle ajouta plus bas, pour ses voisins immédiats, car les rires couvraient sa voix pointue:

—«C’est vrai, ça!... Encore nous, on est à la campagne. Mais chez ma sœur, qui est mariée, à Belleville, ils sont six pour deux petites chambres, avec un broc et une terrine pour se laver tout le monde. Je t’en ficherais, moi, de l’hygiène, à des crapules. C’est insulter le travailleur!»

On la fit taire. M. Fontès parlait de nouveau. Et il avait conquis l’oreille de ses administrés. «Chouette, le boniment!» résumait l’un deux, exprimant la surprise réjouie, l’assentiment gaillard des rustiques auditeurs.

—«Vous pensez bien,» reprenait l’architecte, «que je ne vous ai pas réunis pour le plaisir de pérorer. Mon temps vaut mieux. Le vôtre aussi.» (Non, non!... Bravo!... Allez toujours.) «Agissons. Il y a, sur le territoire de notre commune, deux femmes—une malade, une jeune fille—qui vivent seules, loin du groupe de nos habitations, dans une grande maison ouverte, et qui ont peur. Ce sont les dames du Manoir, madame Ausserand, mademoiselle Xavière. Nous allons commencer, avant de venger celle qui est morte, par assurer la sécurité de celles-là, qui vivent.»

Cette proposition, ces noms, jetèrent un froid. Les bouches se cadenassèrent. Les physionomies, tout à l’heure égayées, se rembrunirent. L’hostilité paysanne reparut. Puis, comme le maire attendait, dans un silence, quelqu’un cria:

—«Les dames du Manoir, c’est du monde riche. C’est pas comme la pauvre Louisette.

—Riche?...» répéta Fontès, «cela ne nous regarde pas. Mais, justement, la croyance à leur fortune les met plus en danger.