«Ma belle et chère filleule,

»Refuserez-vous de venir embrasser votre vieille marraine qui s'est aperçue qu'elle ne peut plus vivre sans vous voir? Je vous attendrai demain dans l'après-midi, Dieu sait avec quelle impatience! Arrivez tôt, ma chère enfant, j'ai une foule de choses à vous dire depuis tantôt deux ans que je n'ai pu causer avec vous.

»Je vous envoie les baisers que j'aurais voulu vous donner pendant tout ce temps.

»A demain.»

Le lendemain, vers une heure, Gabrielle entrait sous la voûte bien connue de la vieille maison, rue de Grenelle-Saint-Germain. Elle traversa lentement la cour, pénétra sous la galerie et arriva au pied de l'escalier de marbre. Son cœur était si plein d'espoir qu'elle avait le loisir de songer au passé; elle s'arrêta un instant avant de monter, ainsi qu'elle avait fait, deux ans auparavant, lors de sa dernière visite.

Elle avait changé depuis. Ce n'était plus l'enfant rieuse, coquettement vêtue de bleu pâle et la tête pleine de poétiques visions: c'était une jeune fille ardente et sérieuse, qui savait qui elle aimait, et qui songeait à être digne du grand sacrifice fait pour elle. Sa mise, d'une simplicité gracieuse et sévère, répondait à la tournure plus grave de ses idées, et faisait ressortir la finesse délicieuse de ses traits et la profondeur de ses yeux admirables.

Elle sourit en commençant de gravir l'escalier, parce qu'elle se souvenait que, sur ces mêmes marches, le comte de Laverdie l'avait une fois croisée sans la reconnaître.

Une minute après, elle était pressée entre les bras de sa marraine.

Elles s'embrassèrent longuement, d'un mouvement ému et presque solennel. Puis la vieille dame essuya ses larmes, écarta de son sein la jeune fille, et la contempla avec admiration en la maintenant un instant à la longueur du bras.

—Ah! petite fille, lui dit-elle, que vous êtes jolie et que vous êtes bonne, et que mon René est donc heureux!