—Voici ce que je donne à mon neveu, reprit madame de Saint-Villiers.
Elle était admirablement digne, cette vieille dame, dans son geste plein de simplicité; elle tendit un papier plié à madame Duriez.
Celle-ci le prit et le considéra avec une expression effarée.
C'était le fac-similé du testament par lequel le marquis Hubert de Saint-Villiers léguait au fils de son petit-neveu René de Laverdie, au cas où celui-ci se mariât et eût un fils, le marquisat de Saint-Villiers avec le titre attaché au domaine. A cette pièce en était jointe une autre par laquelle le comte René de Laverdie, seul héritier de ce nom, se désistait, dès son vivant, de son titre en faveur de son fils aîné.
Voilà quelles étaient les conditions que la marquise avait imposées à son neveu pour prix de sa réconciliation avec lui. S'il n'avait pas consenti à laisser revivre les noms et les titres si chers au cœur de la vieille dame, elle fût morte en le maudissant. Or il n'avait pas hésité. Il respectait ces titres, il vénérait ses ancêtres, et surtout il chérissait sa tante. Son but, à lui, était atteint: il avait affranchi son esprit et sa raison; il avait réparé ses fautes et prouvé son amour. D'ailleurs il ne se croyait pas en droit d'enlever à son fils, s'il en avait un, l'héritage de noblesse qui devait lui appartenir; il se promettait de faire de ce fils un homme: peu lui importait ensuite qu'il fût un comte et un marquis.
Cependant madame Duriez reconduisait madame de Saint-Villiers.
—Chère marquise, lui disait-elle, quel homme remarquable que votre neveu! Quel courage! Quel caractère splendide! Nous serons fiers, croyez-le bien, de lui donner notre Gabrielle. Il revient dans quelques jours, n'est-ce pas? Quand je pense que voilà bientôt deux ans qu'il est parti... Dieu! que ce temps nous a semblé long!
Madame de Saint-Villiers se sauvait positivement; elle ouvrait les portes elle-même. Au vestibule, elle se trompa et se précipita dans une serre; la maîtresse du logis voulut absolument la retenir pour lui montrer des plantes rares.
Par bonheur, M. Duriez, quittant les bureaux, pénétrait dans la maison d'habitation. Il aperçut ces dames au milieu des palmiers et s'empressa de venir les rejoindre. Comme, dans sa bonhomie, il ne manquait ni de délicatesse ni de tact, sa présence fut loin d'être mal venue. Il regardait sa femme à la dérobée avec un grand étonnement; c'est qu'il ne comprenait rien au changement qu'il remarquait en elle, à son air radieux, à ses manières empressées auprès de la marquise.—Tant mieux, pensa-t-il, je vais pouvoir me réjouir du bonheur de Gabrielle.—Le matin même, il avait reçu, par un de ses correspondants, des nouvelles de M. Laverdie: on rendait à l'intelligence et au caractère de ce jeune homme un témoignage des plus flatteurs. René avait pris son rôle au sérieux, paraît-il; il était tout tranquillement sur le chemin de faire fortune.
Enfin la marquise put prendre congé.