M. Duriez l'accompagna à travers la cour jusqu'à sa voiture. Elle lui dit adieu et lui serra la main avec une véritable effusion. Pour la première fois de sa vie, elle se demanda si tous les honnêtes gens n'étaient pas égaux; mais, après secondes réflexions, cette idée lui parut monstrueuse.
—J'ai assuré, se dit-elle alors, le bonheur de mes deux enfants, des deux seuls êtres qui me restent à aimer; j'ai sauvé le nom de Saint-Villiers et celui de Laverdie: je puis maintenant mourir en paix. Mais combien il m'en a coûté, grand Dieu!
XIII
Cette année-là, l'été s'annonça très chaud.
Gabrielle avait obtenu de ses parents qu'on n'allât pas demeurer dans les environs de Paris; mais, dès le commencement du mois de juin, elle supplia en secret son père de louer de nouveau un chalet à Trouville.
—Comment, ma petite minette, lui disait le bonhomme, mais je croyais que tu détestais Trouville!
Comme Gabrielle rougit une ou deux fois après de semblables réponses, M. Duriez finit par comprendre.
—René Laverdie revient par le Havre, se dit-il. Mais c'est une singulière idée quand même; elle ne le verra pas plus tôt. Enfin, ce que petite fille veut...
Il partit un samedi soir pour Trouville, et le lendemain, à son retour, il annonça qu'ayant trouvée libre la maison où la famille avait passé l'avant-dernier automne, il avait cru ne pouvoir mieux faire que de la louer. Madame Duriez se montra satisfaite. Émile ne dit rien: depuis que les événements lui avaient donné tort, il se renfermait, à la maison, dans un silence plein de dignité; personne d'ailleurs ne songeait à s'en plaindre. Gabrielle fut gracieuse comme toujours dans sa reconnaissance. Elle entourait son père de soins, d'attentions; son affection pour lui semblait avoir grandi. Elle sentait peut-être qu'elle avait quelque chose à réparer à son égard, car il était le seul à qui madame Duriez n'eût pas encore entièrement pardonné.