—Non, c'est vrai: une fois seulement, dans le Dauphiné. Nous y étions tout à fait par hasard et nous n'y sommes pas restés.

—Je crois bien, dit madame Duriez, c'était un vrai trou. Gabrielle en a conservé un charmant souvenir parce qu'elle était tout enfant; mais je suis sûre qu'aujourd'hui elle ne voudrait pas plus que moi passer huit jours dans un pays où trois personnes au plus parlent autre chose que le patois.

—Ah! maman, s'écria la jeune fille.

—Eh bien, Gabrielle, nous irons toutes les deux, dit la marquise. Mais il faut nous dépêcher, car les toits de chaume disparaissent. C'est nous qui habiterons sous le dernier; nous parlerons patois et nous mettrons des sabots.

—Je n'en demanderais pas tant, madame, répondit Gabrielle en riant, si vous vouliez seulement persuader à maman qu'une jeune fille peut sortir à cheval le matin à huit heures avec son frère dans le parc, sans manquer à toutes les lois des convenances et du comme il faut!

—Ma chère petite, fit madame de Saint-Villiers un peu sèchement, voilà un code que je n'ai jamais pris la peine d'étudier, et madame votre mère en sait probablement bien plus long que moi sur ce sujet. Ne m'avez-vous pas parlé de vos roses? Vous serez charmante de nous les montrer tout de suite, car nous allons bientôt vous quitter.

On descendit dans le jardin.

Gabrielle soignait elle-même une corbeille de roses dont elle était très fière: toutes les variétés, toutes les nuances s'y trouvaient réunies; comme elles étaient alors en pleine floraison, elles formaient un bouquet merveilleux que les yeux ne pouvaient se lasser d'admirer.

La jeune fille détacha trois ou quatre des plus belles fleurs pour les offrir à sa marraine.

—Et mon neveu? dit madame de Saint-Villiers avec malice.