—Qu'est-ce que tu dis donc, Émile? interrompit son père. Gabrielle ne pose pour rien, que je sache; quoiqu'elle pût le faire pour la plus douce, la plus modeste et la plus raisonnable petite personne qui soit en France et en Navarre.

Gabrielle se glissa auprès de M. Duriez, installa un petit pliant auprès de son fauteuil, et, entourant le bras de son père avec ses deux mains jointes, leva sur lui dans l'ombre ses grands yeux profonds et doux.

—Tu es trop indulgent pour moi, père chéri, mais tu as raison de dire que je ne pose pas: c'est là ce que je déteste le plus au monde. Ce n'est pas ridicule, n'est-ce pas? de penser que l'habit, ou l'uniforme, ou le titre ne fait pas l'homme; c'est une idée un peu plus vieille que moi, j'espère.

Un long et tendre baiser sur son front fut la seule réponse de son père.

Le silence qui suivit tira madame Duriez du demi-sommeil auquel elle s'abandonnait de nouveau.

—Eh bien, eh bien, Émile, fit-elle, et cette histoire que nous attendons?

—Voilà, dit le jeune homme. Écoutez, je vous réponds que cela en vaut la peine. C'était en Alsace, un peu après Frœschwiller; Arnaud...

—Frœschwiller? interrompit madame Duriez. Le comte de Laverdie y était aussi, il paraît; mais pas dans les chasseurs.

Émile eut un mouvement d'impatience.

—Arnaud, reprit-il, faisait partie de la division qui..