En effet, le lendemain matin, à peine se trouva-t-elle seule avec elle, après le départ des deux hommes pour leurs affaires, qu'elle fit entendre à Gabrielle le plus long sermon dont celle-ci eût encore eu à remercier l'éloquence maternelle. Sans aucun doute, dans ce discours, tout n'était pas exagéré; mais, tel qu'il était, il contenait assez d'hyperboles pour couvrir la pauvre enfant de confusion et lui laisser l'idée pénible qu'elle s'était conduite avec la plus grande inconséquence. Ce qui portait madame Duriez à s'exprimer avec tant de chaleur, c'est qu'elle n'avait pas deviné sa fille et tremblait à l'idée qu'Arnaud avait pu lui plaire. La désolation de la petite était profonde, quand tout à coup la main même qui la blessait lui apporta le baume le plus propre à la guérir. Sa mère se mit à parler de madame de Saint-Villiers:

—Tu ne saurais croire combien je me félicite que ta marraine n'ait pas été là! Une personne d'une si haute distinction!... Qu'aurait-elle pensé?

De la marquise, madame Duriez passa au comte, par une transition qui semblait naturelle; elle dit quelques mots sans trop cacher son jeu, car elle n'eût point été fâchée que Gabrielle comprît. Dès lors, elle put continuer sans être interrompue ses remontrances et ses explications; les regards suppliants et consternés de Gabrielle s'éclairèrent si vivement que la jeune fille eut à peine le temps d'abaisser ses longues paupières pour les cacher.

Quoi! pensa-t-elle, les choses en sont là! Maman y pense et la marquise en a parlé!... C'est donc bien vrai? Il pourrait songer à moi?.. mon Dieu!...

—Chère maman, dit-elle en contenant son émotion, je te comprends très bien, je t'assure. Tu n'auras plus jamais à te plaindre de moi; je vais être si tranquille et si raisonnable que tu en seras étonnée. Et puis, si par hasard tu m'entends encore causer à tort et à travers, tu n'auras qu'à me faire un petit signe... comme cela, vois-tu? et je me tairai tout de suite, fussé-je au milieu d'un mot!...

Mais cette idée de rester la bouche béante sur un clin d'œil de sa mère parut tout à coup si plaisante à Gabrielle, qu'elle ne put tenir son sérieux, et se mit à rire à la fin de sa phrase.

—Cela n'a pas de bon sens! dit la pauvre madame Duriez, qui sourit malgré elle. Voyons, Gabrielle, tu as dix-huit ans...

A ce moment, on frappa à la porte.

—Pardon, madame, dit un valet de chambre, c'est la cuisinière qui attend les ordres de madame.

—Ah! bien, fit madame Duriez, qu'elle monte.