René se tourna vers lui d'un air stupéfait.

—C'est la future comtesse de Laverdie, répondit-il.

—C'est mademoiselle Gabrielle Duriez?

—En personne.

—René, s'écria son ami avec force, pourquoi m'as-tu caché la vérité? Ah! tu es bien heureux d'être aimé ainsi, et par une si charmante créature!

René le considéra avec inquiétude, se demandant sérieusement si le vicomte perdait la tête.

—Ah çà, mon cher ami, fit-il, qu'est-ce que tu veux dire? Quelle vérité t'ai-je cachée, et que diable l'amour a-t-il à voir dans tout ceci?

—Mais, reprit Alphonse étonné à son tour, tu m'as parlé d'un mariage d'intérêt et aussitôt je me suis figuré une grosse bourgeoise entourée de sacs d'écus. Au lieu de cela, je rencontre une véritable apparition de conte de fées, une jeune fille délicieuse, qui s'émeut en t'apercevant, qui te regarde avec des yeux... comment dirai-je?... Ils étaient divins, ces yeux!... Alors je me dis naturellement: Ce sournois de Laverdie s'est moqué de moi. Je le trouve toujours bien fou de faire une mésalliance, mais je conviens que des regards comme celui que j'ai surpris valent une couronne de comte.

René éclata d'un rire amer.

—D'honneur, fit-il, je ne t'aurais jamais cru à ce point impressionnable et romanesque. Diable! mon cher, comme tu t'enflammes et quelle imagination tu as!... Parce qu'une petite fille m'a regardé... Ah! tiens, vois-tu, c'est trop plaisant!