Il s'exprimait avec une émotion qui paraissait sincère; à son tour, il leva les yeux; le regard doux et troublé qu'il rencontra l'encourageant, il ajouta d'une voix plus basse:

—C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de ma mère.

Des larmes montèrent, lentes, bienfaisantes, ineffables, sous les paupières de Gabrielle.

Eh quoi, c'était là le libertin, l'homme intéressé, fourbe et sans cœur? C'était lui qui était capable de faire cette déclaration d'amour vraiment sublime! Ah! comment ne pas croire en lui?

—Merci, dit-elle avec force. Oh! oui, vous avez bien fait de venir.

Ils firent quelques pas en silence.

Tout à coup, le son d'une voix se lamentant d'une façon désespérée vint faire brusquement diversion aux pensées qui les agitaient. Au devant d'eux accourait un enfant d'une dizaine d'années, pauvrement, mais proprement vêtu, et qui semblait en proie au plus violent chagrin; il ne pleurait pas, il poussait des cris, de véritables appels au secours.

—Mon Dieu, mais c'est le petit Victor, l'enfant de braves gens que nous connaissons, dit Gabrielle en regardant M. de Laverdie. Que lui est-il donc arrivé?

Elle alla presque en courant à sa rencontre.

Quand le petit l'aperçut, il cessa brusquement ses cris: son regard n'aurait pas pris une autre expression si un ange du ciel se fût trouvé sur son chemin; mais lorsque la jeune fille l'interrogea, il recommença à se désespérer, sanglotant cette fois à fendre le cœur: