Le jeune homme, de son côté, prévit qu'une explication allait avoir lieu; il la désirait. Ce qui le surprit au plus haut point, c'est que Gabrielle parlât la première.

—Monsieur, fit-elle, ne sachant pas du tout ce qu'elle allait dire, mais sentant qu'il fallait en finir de suite et que sa marraine pouvait rentrer, monsieur, j'ai appris ce duel... C'est un grand malheur... M. Arnauld était un ami de notre famille...

—Monsieur Arnauld, j'espère, le sera encore longtemps, dit René d'un ton froid. Grâce au ciel, son état ne présente plus aucun danger.

—Il est sauvé? s'écria Gabrielle avec joie.

—Oui, mademoiselle.

Il y eut un moment de silence embarrassé.

—Mademoiselle, reprit René qui se leva et fit un pas vers la jeune fille, pardonnez-moi... J'ai été aveugle, insensé! mais ne pensez pas que j'eusse pu vous faire autant de mal volontairement. Je vous jure que si j'avais compris plus tôt ce qui me paraît si clair à présent, jamais la vie de M. Arnauld n'eût été mise en péril par ma main!

Gabrielle baissa la tête... L'album de Goupil était encore ouvert devant elle; ses yeux se fixèrent sur la gravure, sans la voir, agrandis par l'intensité d'une réflexion profonde.

—Me croyez-vous? me pardonnez-vous? demanda René encore une fois.

—Oui, monsieur, oui, murmura la jeune fille.