Madame de Saint-Villiers rentrait alors dans la chambre. Elle eut grand plaisir à voir son neveu et décida qu'il les accompagnerait à Montretout. René s'excusa de ne pas le faire, non sans peine, disant qu'il n'avait pas prévu la présence de mademoiselle Duriez, et alléguant un engagement sérieux. Il craignait pourtant que sa tante n'éprouvât quelque ennui à revenir seule.
—Qu'à cela ne tienne, répondit celle-ci. Il fera presque jour encore; et d'ailleurs une promenade nocturne, et même solitaire, à travers le Bois, n'a rien qui m'effraye.
Ils descendirent ensemble; René aida ces dames à monter en voiture, puis partit lui-même à pied pour le faubourg Saint-Honoré.
Trois ou quatre jours après, madame de Saint-Villiers n'ayant aucune nouvelle de son neveu, et trouvant sa conduite vis-à-vis d'elle et de la famille Duriez fort extraordinaire, prit la résolution d'aller trouver le jeune homme chez lui. C'était une chose qu'elle faisait rarement, mais elle y était cette fois poussée par une grande inquiétude: elle tremblait que René ne fût entraîné de nouveau vers la vie dissipée qu'il avait menée autrefois.
Une après-midi, vers cinq heures, elle se fit conduire rue d'Anjou.
Elle fut frappée de la mine bouleversée du domestique qui lui ouvrit: c'était un ancien serviteur, absolument dévoué à M. de Laverdie; il parlait bas, de ce ton voilé qu'on prend dans une chambre de malade.
—Mon Dieu, François, qu'y a-t-il?.. Votre maître?.. s'écria la marquise, très effrayée.
—Rien, rien, madame, rien encore, répondit vivement le domestique. Mais que je suis heureux de voir madame la marquise! J'étais sur le point d'aller trouver madame.
—Pourquoi? Parlez vite, François. Ah! mon pauvre René!
Le vieux domestique fit entrer madame de Saint-Villiers dans la bibliothèque, où elle s'assit toute tremblante. Alors, debout devant elle, il lui dit d'une voix altérée qu'il était fort tourmenté à l'égard de son maître; que certainement quelque grand malheur était arrivé à M. le comte; que depuis plusieurs jours celui-ci ne sortait plus, mangeait à peine, et restait enfermé chez lui, où il passait des heures à écrire.