—Je le sais. Est-ce ce mariage? Mon Dieu! est-ce que j'aurais à me reprocher cela?.. Vous n'aimez pas Gabrielle et vous vous croyez engagé... Mais il n'est pas trop tard pour vous retirer, je vous jure qu'il n'est pas trop tard!
Le jeune homme ne répondit pas.
—René, s'écria la marquise, ayez pitié de moi, de mon âge, de mes cheveux blancs! Songez à votre mère... C'est au nom de son souvenir, de son amour, que je vous conjure de parler!
René mit sa tête dans ses mains et laissa échapper un gémissement douloureux.
—Ah! dit-il, vous me parlez de l'amour de ma mère, et je m'en suis rendu indigne!.. Faut-il que je vous fasse autant de mal, ma pauvre tante!.. Ah! je suis un misérable!
—Vous, René? c'est impossible!
—Ma tante, reprit-il, je vais tout vous dire: vous jugerez vous-même... Hélas! vous me mépriserez comme je me méprise. Mon plus grand crime, et ma plus grande douleur aussi, je vous assure, c'est de vous causer ce chagrin.
—Mon pauvre enfant!.. mon pauvre enfant!.. murmurait la marquise.
Elle commençait à se rassurer, ne pouvant croire que René eût jamais rien fait de bien mal.
—Vous savez trop, ma tante, que je vous ai donné peu de sujets de satisfaction depuis quelques années. Cependant, et bien que je ne sois pas disposé dans ce moment à l'indulgence envers moi-même, je suis certain d'avoir mieux vécu que n'importe quel jeune homme de mon âge et de ma position. Mais j'ai mangé énormément d'argent, je me suis ruiné; et, vers les derniers temps (une chose que vous ne soupçonniez pas!)... j'ai joué... non point par passion... J'ai joué pour me rattraper, pour gagner.