—Et vous avez perdu, malheureux?
—Tout, ma tante, tout!.. Je suis couvert de dettes! Mais attendez, je n'ai rien dit encore. Ce qui m'avait ruiné, c'étaient mes goûts dispendieux... ces vieilleries que j'aime tant,.. puis, les chevaux. Renoncer à tout cela, je ne le pouvais pas. C'est ce qui m'a rendu lâche. Je me serais tué plutôt... Et je ne voulais pas mourir. Ma pauvre tante! Vous rêviez de me faire épouser votre filleule... Je n'ignorais pas qu'elle possédait une fortune considérable... Et j'ai consenti.
—Sans l'aimer.
—Sans la connaître même. Oh! comme j'ai mis longtemps à la voir seulement, cette jeune fille, telle qu'elle est, simple, sincère... Je ne me souciais pas de la comprendre, ou plutôt je croyais n'avoir rien à découvrir en elle. Dans mon vil calcul, je supposai qu'elle fixait sur ma couronne de comte le regard que j'attachais sur ses millions.
—Ma pauvre petite Gabrielle!
—Oh! ma tante, elle peut me pardonner, et vous aussi, car je souffrais bien de tout cela... Je me trouvais odieux... Ce mariage me faisait horreur! Plus d'une fois j'ai songé à m'y soustraire, mais j'ai reculé devant la misère, la honte, le suicide... Je n'ose pas dire: devant la pensée de votre désespoir... Je ne veux pas chercher d'excuse.
Il s'arrêta, regardant d'un air sombre un rayon couleur de sang qui s'échappait des vitraux et brillait à l'angle et aux ferrures du bahut.
—Et maintenant? demanda la marquise.
—Maintenant, ma tante, j'aime Gabrielle Duriez et je me sens indigne d'elle... D'ailleurs elle ne m'aime pas.
—Tu aimes Gabrielle! s'écria la vieille dame. Tu aimes Gabrielle, et c'est pour cela que tu veux te tuer? Ah! mon cher, cher enfant, que le ciel soit béni! Tu es toujours noble, bon... Tu seras encore heureux!