—Elle l'a vu! Et maintenant, si je me jetais à ses pieds, si je lui disais que je l'aime, si je lui peignais mon repentir, mon désespoir, elle me croirait peut-être...
—Eh bien?
—Eh bien, je ne le ferais pas! Est-ce que j'agirais autrement si je n'étais pas sincère? Que coûte un serment à un homme qui a pu nourrir de si viles pensées?
—René, mon ami, vous vous exagérez vos torts. Je m'explique, en effet, la conduite de Gabrielle si elle a deviné vos motifs intéressés. La pauvre enfant a dû bien souffrir! Je m'étonne pourtant qu'une pareille idée lui soit venue... A son âge, avec si peu d'expérience du monde! C'était bien dur de sa part. Et puis, enfin, elle aurait dû songer que sous ce rapport tout se compensait parfaitement, et que votre alliance...
—Madame, interrompit René dont les yeux s'enflammèrent, si vous avez la moindre pitié pour moi, ne parlez pas ainsi!.. Gabrielle savait que je ne l'aimais pas, parce que j'ai eu la barbarie de le lui faire sentir. Je croyais agir avec franchise; je me disais: «Au moins je ne la tromperai pas.» Je supposais que, de son côté, elle ne souhaitait que mon titre... Voyez-vous, à présent, pourquoi elle ne veut pas de ce titre odieux? Elle partagerait encore sa fortune avec moi, mais elle refuse d'être comtesse!
—Ah! mon Dieu, dit la marquise, voilà bien des subtilités! Alors, que résulte-t-il de tout cela? Vous concluez comme Gabrielle: je l'aime, mais je ne l'épouserai pas. Cela fait hausser les épaules.
—Non, ma tante. Je conclus: je l'aime, et je me rendrai digne d'elle; je l'aime, et je le lui prouverai.
—Voilà qui paraît plus raisonnable. Quels sont vos projets, voyons?
Le jeune homme baissa la tête d'un air embarrassé.
—Je crains, ma tante, fit-il, que vous ne m'approuviez pas.