Et au bout d'un instant, il ajouta avec force:

—Vous serez toujours, toujours pour moi le comte de Laverdie.

Sa figure avait pris soudain une dignité singulière, René l'admira; mais surtout il se sentit ému de la sincérité de cette douleur, et il voulut répondre à un tel dévouement par une confiance sans réserve; il s'ouvrit à son humble ami, ne comptant guère être compris toutefois; il lui apprit les motifs secrets de sa conduite, et ne pensa pas abaisser son amour en le laissant entrevoir à ce cœur fidèle et simple.

Le résultat de sa confidence eut lieu de le surprendre. La physionomie de François changeait, devenant tour à tour tranquille, joyeuse, puis presque triomphante. Quand le récit fut achevé, le vieux domestique se leva et fit un pas en avant, la main droite à demi étendue, dans un geste presque solennel.

—Soyez béni, s'écria-t-il. Ce que vous faites là est bien, est beau, est digne d'un comte de Laverdie!

Puis, stupéfait de sa hardiesse, et comme saisi du son de sa propre voix, le pauvre homme s'arrêta et laissa retomber sa main, tandis que le sang venait colorer légèrement ses joues jaunies, sillonnées de longues rides.

René sauta sur ses pieds et courut lui prendre la main.

—Merci, merci, lui dit-il en la pressant. C'est quelque chose que l'approbation d'un honnête cœur comme le tien.

Il lui donna alors quelques indications sur ce qu'il aurait à faire le lendemain.

Les premières démarches avaient été accomplies par lettres dès l'après-midi pour la vente des écuries et du mobilier. L'appartement du comte passait à bon droit pour une des merveilles de Paris; les acheteurs et les curieux ne tarderaient pas à s'y presser. René ne pouvait songer à cela sans frémir. Il voulait que tout fût terminé promptement et pensait dire adieu dès le lendemain à des trésors qui contenaient toute sa jeunesse, il aurait dit autrefois: sa vie.