M. Duriez s'efforça de ne pas laisser voir dans quelle surprise le jetait cette entrée en matière; il assura poliment que rien ne pourrait lui faire prendre de M. de Laverdie une opinion si peu favorable.
—Ma tante, madame de Saint-Villiers, continua celui-ci, m'a fait partager l'espoir qu'elle nourrissait que vous pourriez un jour m'accorder l'honneur de devenir votre gendre. Je ne connaissais pas alors mademoiselle Duriez. Aujourd'hui, monsieur, c'est différent: je l'aime de toute mon âme.
La voix de René trembla légèrement à ces derniers mots; une vive rougeur colora son front et disparut aussitôt; toute l'expression de sa physionomie portait témoignage de la profonde sincérité de ses paroles.
M. Duriez, ému, lui tendit la main et certainement, dans ce moment-là, oublia qu'il était comte; René la serra, puis reprit aussitôt:
—Une chose que ma tante ne connaissait pas, malheureusement, c'était l'état de ma fortune. Hélas! monsieur, il ne m'en restait rien; j'avais tout gaspillé dans ma folie. Vous vous en doutiez, et cependant...
—Sans doute, interrompit vivement M. Duriez: une question d'intérêt ne pouvait en rien influer sur notre décision. Votre caractère, votre nom, nous rendaient fiers de votre alliance et garantissaient pour nous le bonheur de notre enfant.
René s'inclina pour cacher un sourire.
—Mon caractère? dit-il. Vous le jugiez avec trop d'indulgence. C'était celui d'un jeune étourdi qui a mangé plusieurs millions en ne songeant qu'à s'amuser. Dieu merci, monsieur, ce caractère-là n'est plus le mien. Je suis devenu un autre homme le jour où j'ai commencé à aimer une jeune fille douée de toutes les grâces et de toutes les vertus... L'ange qui m'a transformé ainsi, monsieur, ai-je besoin de vous dire son nom?
M. Duriez était à la fois touché, surpris et enchanté. La confession volontaire de René lui semblait provenir d'un bon naturel et d'un cœur fortement épris. Il s'attendait à une demande en mariage immédiate; la façon de procéder lui paraissait singulière, mais il ne s'y arrêtait pas. N'osant ouvrir la bouche de peur de retarder une conclusion qu'il voyait venir avec joie, il écartait déjà ses bras, prêt à y serrer le jeune homme amoureux et repentant.
René cependant continuait de parler. Il ne voulait pas, disait-il, mettre aux pieds de mademoiselle Duriez l'être le plus méprisable, un parasite, propre au plaisir seulement, couvert de dettes: il allait vendre tout ce qu'il possédait pour payer les siennes, et il sauverait encore assez de ce désastre pour pouvoir choisir quelque position honorable, où il rachèterait par le travail les années qu'il avait perdues. Il ne pensait pas conserver son titre; il comptait faire plus que ses aïeux au 4 août, car eux n'avaient abandonné que des privilèges matériels; lui, il voulait abdiquer son injuste orgueil, longtemps si cher. Il s'expliquait simplement, n'essayant pas de faire de l'effet, mais désirant être compris. La pensée qu'il cherchait à mettre en évidence était celle-ci: