—Mais cette fierté est insensée!» s’exclama le marquis.

A peine eut-il laissé échapper cette phrase, soulignée par une inexplicable irritation, qu’il vit l’aïeule se dresser devant lui. De la main elle lui montrait la petite porte à claire-voie, avec sa partie supérieure grande ouverte, sur le jardinet plein de soleil.

—«Vous sortirez,» dit-elle, «tout marquis de Valcor que vous êtes, plutôt que de me faire entendre encore des réflexions pareilles?

—Pardon, maman Gaël,» dit-il avec la soumission d’un écolier pris en faute.

Aussitôt, il lui parla de son troisième fils, Mathias. C’était à cause de Mathias qu’il était venu. Car il ne se doutait pas que Bertrande ...

—«Ah! Mathias ...» soupira-t-elle, «En voilà un qui, pour la première fois, mettrait de la honte sur le nom de Gaël, si je n’étais résolue à le tuer plutôt de ma main, le jour où je serai sûre qu’il n’y a pas d’autre remède.»

Un trouble passa sur le visage de Renaud. L’altière vieille femme agirait sans doute comme elle le disait. La race rustique, intrépide et honnête des Gaël, semblait avoir trouvé son symbole dans cette prêtresse du foyer, aux yeux clairs, où le regard brillait comme du soleil sur l’eau.

Mais pour qui le frémissement involontaire du marquis de Valcor? Pour ce Mathias?... qui ne devait cependant pas l’intéresser outre mesure. Pour Bertrande?... Enfant trop belle, sur qui pourrait tomber la réprobation de la formidable aïeule. Pour lui-même?... Invraisemblable hypothèse! Quels comptes aurait-il jamais à rendre, lui, un grand de ce monde, à cette pauvresse, dont le seul domaine était la maison héréditaire, le mobilier antique et cossu, souvenir des vaillants labeurs d’autrefois, et qui vivait, outre les légumes de son jardin, des quelques sous gagnés en raccommodant les filets.

Il n’avait eu le temps de rien ajouter, quand un bruit de pas résonna sur l’escalier intérieur.

Quelqu’un descendait.