—Vous savez que non, maman Gaël. Vous savez que j’ai dû tenir la fille de votre fils éloignée de la mienne, garder pour moi seul l’intérêt que je lui porte, sans le faire partager à ma femme ni à Micheline. Cette fâcheuse ressemblance est trop gênante. Les conséquences pourraient en devenir intolérables si Bertrande avait ses entrées libres au château. Et ces dames ne manqueraient pas de s’attacher à elle, de l’y attirer.
—Oh! ce n’est pas que je le souhaite,» dit rudement la vieille. «Il est mauvais pour une pauvre fille d’approcher le luxe des riches.»
Renaud détachait son cheval.
Les rênes rassemblées sur l’encolure, il allait mettre le pied dans l’étrier, lorsque, s’inclinant devant l’aïeule, il lui saisit encore la main, et la baisa, comme à l’arrivée.
Puis il se hissa lestement en selle, et partit.
Une fois en haut de la côte, avant de filer sur le Conquet, où il devait rejoindre Gilbert, il s’arrêta un instant. Ses regards s’abaissèrent vers le petit nid de pêcheurs qu’il venait de quitter, et il demeura pendant quelques minutes perdu dans une rêverie profonde.
Humbles masures, que dominait la maison un peu mieux bâtie d’où il sortait. Son toit d’ardoises brillait au soleil. Elle était tournée vers l’ouverture de la crique, vers cette porte de la falaise ouverte sur le large, sur l’espace infini. Un farouche honneur héréditaire s’abritait entre ses murs. Et, cet honneur, une vieille femme restait seule à le défendre.
L’image du merveilleux château de Valcor surgit dans l’esprit de son possesseur. Fut-ce un contraste matériel ou un contraste moral, ou quelque pensée plus oppressante, qui accabla Renaud? Il secoua les épaules, comme pour rejeter un fardeau trop lourd, puis se reprit, et, dans un rire d’orgueil, partit au galop sur la route solitaire.