Renaud lutta contre de telles résolutions, assez pour se convaincre qu’elles étaient inébranlables.
C’est ce débat déchirant et passionné qui fit l’objet de la correspondance, scellée ensuite par l’amant désespéré dans le mur de son cabinet de travail.
Renaud de Valcor finit par s’incliner, au moins momentanément, devant la volonté de celle qu’il adorait. Il n’avait pas de famille, sauf son cousin Marc. Il résolut de s’éloigner. L’idée d’une exploration dangereuse le séduisit. Son amour seul avait étouffé en lui un goût d’aventures qui se réveilla pour l’en consoler quelque peu.
Il se rendit dans l’Amérique du Sud, qu’il traversa de Buenos-Ayres à Santiago, pour remonter ensuite vers le nord de la Bolivie, et s’enfoncer dans les régions sauvages où l’Amazone prend sa source. Il affronta tous les périls, passa pour mort, puis donna de nouveau de ses nouvelles. On apprit, en Europe, qu’il s’était assuré, par les négociations faciles et sommaires auxquelles se prête là-bas l’indifférence des Gouvernements hispano-américains, la propriété d’immenses exploitations de caoutchouc, et qu’il commençait à en tirer des richesses considérables.
Au bout de cinq à six années, il revint. Mais on ne le vit pas tout de suite dans ses terres de Valcor. Renaud semblait éviter avec intention de se rendre en Bretagne.
Mme de Ferneuse ne douta pas que ce ne fût par crainte de la revoir. Quel était l’état de ce cœur d’homme? Trop guéri, ou trop peu?... Son application à se tenir éloigné d’elle pouvait être interprétée dans l’un ou l’autre sens.
Mais celle qui n’oubliait pas dut se croire complètement oubliée quand elle apprit le mariage du marquis de Valcor. Renaud épousait une jeune fille peu riche, de très grande noblesse, Laurence de Servon-Tanis.
Ce ne fut que l’année suivante, et comme la nouvelle marquise était sur le point d’accoucher, que le couple s’installa enfin au château de Valcor. Micheline y vint au monde presque aussitôt. Puis les exigences des grandes cultures industrielles, établies par M. de Valcor en Amérique, l’appelèrent de l’autre côté de l’Océan. Ses terres d’exploitation devaient s’étendre encore, couvrir un domaine, qu’on assimilerait à un petit Etat, s’appeler couramment la Valcorie, et devenir la source d’une fortune immense pour leur propriétaire.
Celui-ci quittait pour la seconde fois la France, sans que sa volonté ou même le hasard l’eussent remis en présence de Gaétane.