Pendant qu’il était au loin, les relations de voisinage et de tradition reprirent entre Valcor et Ferneuse. La marquise fit des avances à la comtesse, qui ne s’y déroba pas. Au bout de longs mois, quand Renaud fut de retour, il s’aperçut qu’une véritable amitié unissait les deux jeunes femmes.
Lorsque Gaétane et lui se rencontrèrent, il y avait près de huit ans qu’ils ne s’étaient vus, l’âge, à deux mois près, du petit Hervé.
Ce qu’ils éprouvèrent, aucun des deux ne put le deviner chez l’autre. Ils demeurèrent impénétrables. La fierté scella les lèvres de la comtesse de Ferneuse. Elle ne sut pas si c’était le respect, l’indifférence ou la circonspection, qui fermaient celles de son ancien amant.
Que d’efforts secrets elle devait faire ensuite pour découvrir ce qu’il y avait derrière ce silence, que ne trahit jamais ni une allusion, ni un soupir, ni un regard! Cette impassibilité lui donna la force de rester impassible elle-même. Puis ce fut une autre conviction qui, se glissant en elle, peu à peu, se fortifiant, s’imposant, la maintint au niveau d’une prudence capable de ne jamais se démentir.
Cependant son mari mourut.
Gaétane de Ferneuse n’avait pas encore trente ans lorsqu’elle se trouva veuve. Sa beauté de blonde, éclatante et fine, son charme impérieux, qui, on le devinait, pouvait se fondre dans la tendresse, son irréprochable aristocratie et sa fortune, lui attirèrent, dès qu’elle fut libre, bien des déclarations et des hommages. Nul ne doutait qu’elle ne pensât à se remarier, à goûter enfin la vie, que les vices, puis l’infirmité, d’un époux accepté à seize ans, lui avaient rendue jusque-là si lugubre.
Cependant la comtesse de Ferneuse découragea tous les prétendants à sa main. Elle semblait n’avoir qu’une passion, une préoccupation, un but: son fils. Hervé ne la quittait point, et elle ne quittait point Ferneuse.
Le jeune garçon fut élevé par sa mère et par des précepteurs ecclésiastiques, dans cette Bretagne aux âpres horizons, près de l’Océan, parmi les rumeurs, les souffles, les silences, des arbres et des flots. Cela lui fit une âme mystique, tenace, ardente et fidèle.
Dès son enfance il aima Micheline.
Mme de Ferneuse ne devina ce sentiment que plus tard.