—Et si l’héritière de Valcor, c’était moi?

—Ah! que vous êtes femme, pour bondir ainsi des plus cruelles réalités aux plus folles chimères!

—Chimères ... Peut-être. Je n’en sais rien. Mais il y a quelqu’un qui sait. Et ce quelqu’un, justement, se dirige par ici. On dirait même qu’il vient parce qu’il vous a vu.»

Le prince Gilbert regarda du côté où se fixait l’attention de Françoise. Vers l’extrémité de l’allée par où s’était retirée Micheline, s’avançait José Escaldas. Depuis qu’il avait reconnu Gairlance, il hâtait le pas,—ce qu’avait parfaitement remarqué la jeune fille. Elle ne s’étonna point qu’ayant découvert leur tête-à-tête, le Bolivien n’eût pas obéi à la discrétion élémentaire qui lui indiquait d’en ignorer et de s’éloigner. Ne lui avait-il pas annoncé un coup de théâtre dont, à présent, elle attendait tout? Car Gilbert, pour qui son amour grandissait des confidences mêmes qui eussent dû la décourager, ne demanderait pas sa main sans quelque intervention miraculeuse. Comme il venait de se montrer sec et positif, presque cynique! Mais ses yeux chauds et obscurs, le velours frôleur de sa voix, toute sa personne plus précieuse encore d’être si égoïste, ensorcelaient Françoise. Et de lui avoir laissé entendre qu’elle l’aimait, l’attachait plus follement.

—«Approchez, monsieur Escaldas!» cria-t-elle au nouveau venu. «Si c’est au prince de Villingen que vous avez affaire, je vous l’abandonne volontiers. N’avez-vous pas à l’entretenir de choses qui nous intéressent tous?

—C’est vrai, mademoiselle.

—Et quand les connaîtrai-je, moi, ces choses mystérieuses?» reprit-elle.

—«Quand votre père, ou quelqu’un d’aussi autorisé, jugeront à propos de vous les apprendre.

—Quelqu’un d’aussi autorisé? Qui cela?

—Un fiancé peut-être,» dit Escaldas, qui jeta du côté de Gairlance un coup d’œil involontaire.