Françoise, troublée, n’insista pas. Telle fut même sa hâte de cacher son émotion et de précipiter l’entretien décisif entre les deux hommes, qu’elle s’enfuit avec une gaucherie farouche, sur des mots vagues et balbutiés.

José Escaldas et le prince Gilbert partirent dans une autre direction, et marchèrent quelque temps en silence. Comme celui-ci, stupéfait, voulait poser une question, le Bolivien l’arrêta:

—«Tout à l’heure. Nous ne serons jamais assez loin du château pour ce que nous avons à dire.»

Villingen obéit, intrigué, cherchant vainement un rapport entre les intempestives déclarations de cette petite Plesguen, et les façons de conspirateur avec lesquelles s’imposait à lui ce José Escaldas, personnage inférieur et mal défini, qu’il avait tenu à distance durant les deux semaines de son séjour à Valcor.

Son compagnon, enfin, ralentit sa marche.

—«Monsieur le prince,» commença-t-il obséquieusement, «daignez me prêter cinq minutes d’attention sans m’interrompre. En cinq minutes je vous en aurai dit assez pour que vous jugiez de l’intérêt que vous avez à écouter le reste.

—Parlez, dit Gairlance.

—Mais sans que vous cherchiez à m’interrompre,» insista José. «Vous allez entendre, sur vous-même, ce que vous n’êtes peut-être disposé à tolérer de la part de personne, encore moins du médiocre hère que je suis. Ne bondissez pas. Votre patience est indispensable.

—Parlez,» répéta le prince.

—«Voici. Vous êtes ruiné. Vous avez des dettes, le goût du plaisir et l’orgueil de votre nom. Vous voulez épouser mademoiselle de Valcor. Elle ne vous déplaît pas personnellement, cela est entendu. Vous seriez difficile. Mais, vous vous passeriez bien de cette belle fille, si elle n’avait que sa peau blanche et ses yeux noirs. Elle possède un nom qui vaut mieux que le vôtre, parce qu’il a duré davantage, avec un des plus beaux châteaux de France, et des millions. Eh bien! moi, José Escaldas, je viens vous prévenir de ceci: mademoiselle Micheline ne détient tout cela que par une formidable fraude. Celle qui a droit au nom de Valcor et au domaine, sinon à tous les millions, c’est Françoise de Plesguen. J’ai, par devers moi, les preuves de ce que j’avance. Vous auriez intérêt à l’anéantissement de ces preuves,—et c’est sans doute le marché que je vous offrirais,—si Micheline consentait à devenir votre femme. Mais vous savez parfaitement qu’elle n’y consentira jamais. Elle aime Hervé de Ferneuse, et elle se moque de vous. En revanche vous connaissez les sentiments de Françoise, la véritable Valcor, fille du seul et authentique marquis. Ces sentiments, dont vous êtes l’objet, ne peuvent que s’accroître si vous aidez à lui faire restituer son patrimoine et son titre. Maintenant trouvez-vous que ma communication soit dépourvue d’intérêt?»