—Bigre!... Et vengeance ... contre lui?» demanda Gilbert.

—«Oui, une vieille affaire à liquider. Je vous la dirai. Elle contient la meilleure de mes preuves.

—Argent ... Vous en auriez. Ne nous arrêtons pas à ce détail,» fit l’autre en riant.

Escaldas le considéra avec une satisfaction étonnée. Il ne s’attendait pas à susciter tout de suite un tel entrain. Ce jeune homme, qui piaffait déjà, prêt à partir au galop dans l’aventure, le changeait agréablement des nobles indignations du vieux Plesguen. Mais c’était une surprise.

—«Ah!» dit Gairlance, qui comprit son regard. «Vous remarquez que ça ne traîne pas avec moi. C’est que j’ai le sang de mon grand-père dans les veines. La lutte, la conquête, un peu de pillage même, ça me va. Si la chose inouïe que vous me révélez est exacte, je prévois une bataille acharnée, des ruses, des hasards, des coups de force extraordinaires. Ça n’ira pas tout seul. Tant mieux! Mais, sapristi! je ne m’y engagerai pas en aveugle. Il me faut être d’abord convaincu, songez-y, mon bonhomme!

—Vous le serez.

—Je ne demande pas mieux. Ah! nom d’un chien, le sacré chambardement que ça ferait tout de même!»

Escaldas, sur son masque sournois et grave, laissa paraître une gaieté qui ressemblait à une grimace.

—«Vous êtes rigolo, mon prince,» observa-t-il, soudainement familier. «On dirait d’un gosse à qui je proposerais une farce épatante.

—Non, non, mon brave,» dit l’autre, offusqué. «N’oublions pas nos distances. Je veux bien frapper d’estoc et de taille, si l’on me prouve que je suis en face d’un bandit, et d’un bandit qui serait fichtrement habile et redoutable. Mais vous jouez un autre rôle. Si ce rôle est nécessaire, il n’est pas propre. Nous ne faisons pas la même besogne. Allez-y maintenant de vos preuves.»