En son humble occupation, la pauvre créature croyait toujours travailler pour le mari de sa jeunesse, pour celui dont le souvenir habitait en elle, comme un fantôme que nul ne voit jamais, dans une maison vide et hantée. Aussi Mauricette Gaël reprenait sans cesse, infatigablement, sa tâche. Et elle y mettait le soin et la perfection qu’admiraient les pêcheurs de la côte. C’était un labeur d’amour. Les Bretons superstitieux avaient raison d’y voir quelque chose d’inexplicable et de surnaturel.
Des jours passèrent, de longs jours d’été, sur la demeure en pierres grises des Gaël. A peine se distinguait-elle de la falaise, quand le soleil jetait sur sa terne façade et sur la muraille de granit le même immense voile frémissant et tissé d’or.
Dans la salle close, où traînait malgré tout un peu de fraîcheur, les trois femmes ne parlaient guère. Elles accomplissaient machinalement leur besogne, proches à se toucher de la main, et cependant à des distances infinies l’une de l’autre.
Bertrande sortait souvent, le soir surtout, durant les lentes fins de jour, où la lande était rose sous le ciel vert, tandis qu’au large, sur l’Océan laiteux et plane, ruisselaient les fontaines sanglantes du couchant. Sa grand’mère, préoccupée, guettait son retour. Une fois, les étoiles perlaient au ciel quand elle revint.
—«Ce n’est pas une conduite pour une fille honnête, de rester par les chemins si tard. Je t’enfermerai!» cria Mathurine irritée.
—«J’ai rencontré Annic et Yvonne, du Conquet, et nous avons oublié l’heure en causant,» dit Bertrande, avec sa nonchalance orgueilleuse.
Le jour où elle reporta au château de Ferneuse l’écharpe de dentelle réparée, la jeune fille resta absente depuis le matin jusqu’à la fin de l’après-midi.
—«Madame la comtesse m’a fait déjeuner, puis elle m’a retenue pour quelques petits points qui ne valaient pas la peine d’emporter l’ouvrage.»
La route était longue du Conquet à Ferneuse. L’explication de Bertrande, vraisemblable. Plus tard seulement dans la soirée, elle annonça: