Menée sourdement jusqu’à ce jour, cette campagne allait se manifester bientôt.

Par Françoise, le prince de Villingen avait conquis, ou à peu près, l’adhésion de M. de Plesguen. Le vieux gentilhomme, qui seul pouvait ouvrir contre son pseudo-cousin une action judiciaire, inclinait enfin à prendre ce parti. Escaldas et Gilbert avaient ébranlé sa foi en Renaud, et triomphaient définitivement de ses scrupules. Déjà, emmenant avec lui sa fille, Marc de Plesguen avait quitté Valcor, où, cependant, tous deux goûtaient chaque année, tant que durait la belle saison, les agréments d’une villégiature magnifique. Ils avaient réintégré, à Paris, en pleine canicule, leur hôtel de la rue de Verneuil, ou plutôt l’appartement qu’ils gardaient dans cette vieille demeure, leur seul bien, dont les loyers suffisaient à les faire vivre modestement.

Qu’importait à Françoise l’atmosphère accablante de la capitale, la lourde mélancolie de la maison désertée par ses locataires, avec ses volets clos et sa cour muette, le silence provincial de la rue maussadement aristocratique! Une perspective éblouissante transfigurait sa vie. Elle deviendrait princesse de Villingen, châtelaine de Valcor. Et le coup de baguette magique non seulement lui donnerait de tels titres et de telles richesses, mais en dépouillerait Micheline—cette Micheline que, depuis l’enfance, elle regardait avec trop de jalousie pour ne pas la haïr, pour ne pas se réjouir doublement de ce qui devait l’humilier.

Escaldas, aussi, avait quitté le château, pour venir à Paris.

En ce moment, il s’abouchait avec des gens d’affaires, capables de le renseigner, au point de vue légal, sur la valeur des indices rassemblés par lui contre le marquis, et d’indiquer la marche à suivre pour commencer les hostilités.

Gilbert devait rejoindre ses alliés le plus tôt possible. Mais, ayant pris congé des Valcor, avec sa courtoisie habituelle, et sans rien montrer à Micheline de son mortel dépit, il s’attardait en Bretagne, s’étant installé dans un hôtel, à Brest, afin de mener à bien—ou plutôt à mal—la conquête de Bertrande.

Ce n’était plus, pensait-il, qu’une question d’heures et d’occasion. Pour démoraliser la petite et affaiblir sa dernière résistance, il lui avait annoncé son prochain départ pour Paris.

—«Je reviendrai,» lui avait-il dit, «mais, hélas! je ne sais quand. Je vous en supplie, donnez-moi une journée entière avant que nous nous séparions, au lieu de ces rendez-vous si courts, et si proches de votre village, où vous tremblez toujours de hâte et d’inquiétude.

—Mais où? Comment?» demanda-t-elle.