Là-bas, du côté de Brest, dans la perspective rectiligne de la route, une tache noire et mouvante parut. Bertrande regarda. Ses lèvres s’entr’ouvrirent. La tache grossit. Elle dévala le long d’une pente, puis remonta plus lentement. C’était un landau ouvert. On ne voyait personne dedans. Le cœur de la jeune fille se serra.

Mais alors, par-dessus l’épaule du cocher, s’éleva un imperceptible nuage bleuâtre, qui devait être la fumée d’une cigarette. Puis, dans la secousse imprimée par une ornière, l’équipage virant un peu, Bertrande aperçut au fond une tête fine coiffée d’un canotier de paille.

Elle se dressa, trop émue pour appeler ou faire signe. La voiture allait passer. Un cri partit:

—«Bertrande!»

Les chevaux s’arrêtèrent.

Un jeune homme sautait sur la route, élégant, joyeux, charmant. Et la tête tourna à la naïve paysanne. C’était bien pour elle que cet être supérieur et incomparable courait les routes, dans cette superbe voiture, vers elle qu’il bondissait avec un empressement si spontané, à cause d’elle qu’il paraissait tellement heureux!

De joie, de fatigue, d’appréhension, de remords, mais surtout d’ivresse et d’amour, elle fondit en larmes.

—«Pourquoi donc êtes-vous là, ma chérie? Pourquoi pleurez-vous?» demanda le prince avec une grâce caressante.

—«On m’aurait empêchée de vous rejoindre. Je me suis sauvée ... j’ai quitté la maison.