Avec une telle satisfaction, le mécompte de la déshéritée serait plus supportable.

«Ah! ma pauvre enfant!» pensait Plesguen, «Ce n’est pas seulement son amour qui exige de moi l’affreux effort ... C’est aussi sa haine. Quelles pensées effrayantes sous cette chevelure blonde! Hélas! je ne savais pas ce que souffrait ma fille. Peut-être ne le savait-elle pas elle-même, quand elle vivait simplement sa vie, dans une enfantine gaieté. Mais le charme est rompu. Jamais elle ne se résignera maintenant à une réalité médiocre.»

José Escaldas venait souvent à l’hôtel de Plesguen.

Il y apportait les résultats de ses consultations juridiques. Journellement, il voyait des gens de loi, mais non de ceux dont l’opinion eût mis à l’aise la conscience de Marc. Bien que véritablement convaincu, le métis n’agissait point avec la franchise qui sied à un champion du bon droit. Son naturel méfiant et cauteleux, peut-être aussi l’épouvante que lui inspirait M. de Valcor, l’incitait à un travail de taupe, qui, précisément, aggravait la résistance de Marc.

—«Ces gens dont vous prenez les avis ne me paraissent pas sûrs,» faisait observer le gentilhomme.

—«Il ne s’agit pas de leur confier l’affaire, mais seulement de savoir par eux ce qu’elle vaut, au point de vue légal, et comment l’entreprendre.»

Au fond, Escaldas pensait qu’avec ces louches alliés il s’assurait la chance de se faire attribuer une forte part du butin, en cas de réussite, parce que les gaillards y trouveraient leur compte. Tandis que, s’il se démunissait de ses preuves entre des mains habituées aux besognes nettes, il lui deviendrait plus difficile d’en faire marché.

Le prince Gairlance, qui, bientôt, le rejoignit à Paris, unit ses efforts à ceux du métis pour décider M. de Plesguen à ouvrir les hostilités.

Gilbert, dans le voluptueux vertige de son irrégulière lune de miel avec Bertrande, éprouvait une difficulté grande à jouer le rôle d’un soupirant auprès de Françoise de Plesguen. Il ne s’y appliquait pas outre mesure, d’ailleurs. Les conditions du mariage étaient bien établies. C’était l’héritière de Valcor dont il était le fiancé. Affaire à M. de Plesguen de conquérir judiciairement ce titre à sa fille. La froideur même du prétendant devait stimuler celle-ci, la contraindre à jeter le vieux gentilhomme dans l’aventure.

Pour forcer la main à ce plaideur récalcitrant, Escaldas et Gairlance, d’accord avec les équivoques gens d’affaires qui leur servaient de conseils, eurent l’idée de lancer ce qu’ils appelaient «un pétard», dans les journaux.