M. de Plesguen avait écouté ceci en un silence profond, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux enfoncés dans ceux de son cousin.
Les deux hommes restaient debout, et le contraste entre eux apparaissait frappant. Ils ne se ressemblaient que par la stature, également haute. Mais celle de Marc, d’une maigreur frêle, semblait dressée par sa volonté seule, tandis que la robuste sveltesse de Renaud indiquait une vigueur peu ordinaire. Jamais on n’eût dit que leur âge était à peine distant de quelques années. L’un gardait l’apparence de la jeunesse. L’autre avait prématurément l’air d’un vieillard.
Devant le mutisme de M. de Plesguen, le marquis de Valcor s’assit, comme pour lui laisser tout le temps de réfléchir et de répondre.
Marc, à son tour, se laissa tomber dans un fauteuil avec un visible accablement.
—«Voyons,» reprit affectueusement Renaud, «qui t’inspire les idées insensées suivant lesquelles tu parais vouloir agir? Dis-moi leur source et dis-moi leur but. Pour la source, je te démontrerai qu’elle est perfide et trouble. Pour le but, j’examinerai si tu ne saurais l’atteindre qu’en me passant sur le corps. Tu souhaites quelque chose pour Françoise, n’est-ce pas? Car je te connais trop désintéressé en ce qui te concerne. Alors, quoi? Est-ce que je n’aime pas ta fille presque à l’égal de la mienne? Ne ferais-je pas tout au monde pour réaliser ses rêves, si elle en a?»
Ces paroles cordiales et simples, l’accent de cette voix, l’aspect de ce visage, considéré pendant des années comme celui d’un frère, troublaient profondément M. de Plesguen. Autre chose le troublait davantage: l’effort intérieur par lequel il remontait dans le passé, essayant de retenir, de fixer quelque trait parmi le pâle tourbillon des souvenirs.
Quand il ouvrit enfin la bouche, ce fut pour poser une question inattendue. Revenant au nom et au tutoiement familiers, il interpella brusquement son cousin:
—«Renaud,» dit-il avec une certaine émotion dans la voix, «te souviens-tu de ce jour où j’étais en vacance à Valcor, et où nous avons couronné le cheval, sur la côte de Guilers, en revenant de la foire de Saint-Renan?»
Un sourire mélancolique flotta sur les lèvres du marquis.
—«Comment veux-tu que j’aie oublié un seul détail de cette journée-là?