—Te rappelles-tu le nom du cheval?

—Scapin. C’était un alezan auquel mon père tenait beaucoup. Tu ne savais pas conduire, mais tu en avais une envie si folle que je te laissai les rênes. En descendant la côte de Guilers, Scapin, effrayé par un chien qui sortait tout ruisselant d’un fossé plein d’eau, fit un écart, et, ramené trop brusquement, croisa les pieds, tomba sous la poussée de la voiture. Il avait le genou entamé. Je vois encore ton visage pâle, tes yeux pleins de larmes.

—Oui,» interrompit Marc. «Je pleurai presque, malgré ma moustache naissante dont j’étais fier. Et toi—si c’était toi—tu n’étais qu’un gamin. Cependant ...

—Si c’était moi!...

—Continue, continue, dis la suite,» fit M. de Plesguen, haletant.

—«Tu choisis mal ton épreuve,» reprit son cousin, non sans amertume. «Demande-moi donc des souvenirs plus insignifiants. Si je joue un rôle, je dois en connaître au moins les grandes lignes et m’être fait renseigner sur ce qui touche les derniers moments du feu marquis de Valcor.»

Bouleversé par cette évocation si précise, Marc l’écoutait.

—«Oui, va, tout m’est présent à la mémoire. Je voulais prendre la faute sur moi, dire à mon père que le cheval s’était couronné dans mes mains. Tu refusais, tellement effaré pourtant de ta maladresse que tu n’osais rentrer au château. Et il y eut encore un autre débat de générosité, parce que le groom proposait de s’accuser à son tour. Et j’ignore jusqu’à maintenant qui de nous aurait passé pour le coupable. Car, en rentrant, très attardés d’avoir ramené Scapin au pas, nous trouvâmes mon pauvre père en proie à la première crise de cette angine de poitrine qui allait l’emporter si peu après.

—Qui nous donna la triste nouvelle?