—Mais ... le portier de la grille d’honneur. Il venait de voir passer le médecin. Là, pour aller plus vite, nous laissâmes le dog-cart avec Scapin, qui boitait bas, et nous nous mîmes à courir comme des fous, en remontant l’avenue vers la maison.»

Devant une telle sûreté de détails, dans un récit qui les reportait à la douzième année de Renaud, M. de Plesguen demeurait abasourdi.

Son cousin poursuivit tranquillement:

—«Je te le répète, cette épreuve ne compte pas. Veux-tu que je te rémémore autre chose? Tiens, dans les mêmes vacances de cette année-là. Ce furent tes dernières à Valcor. Tu devins étudiant tout de suite après, et moi, désormais orphelin, je passai mes étés chez mon grand-père maternel, mort plus tard, pendant mon séjour en Amérique, le comte de Lieurey. Voyons?... Eh bien, je te rappellerai cette nuit en mer, dans un bateau de pêche, pour voir retirer au matin les filets, transformés en une nappe d’argent par la multitude des sardines pincées aux ouïes. Ah! tu en as encore le frisson. As-tu été assez malade! Et les pêcheurs étaient-ils assez furieux, tout en se moquant de toi, parce que tes hoquets convulsifs troublaient le silence indispensable pour cette pêche.»

L’adolescent délicat et un peu faible qu’évoquait de Valcor se retrouvait dans l’homme vieillissant et éperdu qui l’écoutait.

—«Ah! Renaud ... Assez ... Tout cela vit dans ton cœur comme dans le mien! Tu es mon cousin, mon ami d’enfance, mon frère ... Je ne peux pas douter de toi ...»

Il se levait, balbutiant, les bras étendus, lorsqu’une porte s’ouvrit.

Françoise entra dans le salon.

Elle venait d’apprendre par la servante la présence du marquis.