—Sérieusement,» s’écria le Bolivien, «est-ce que ce diable incarné vous a repris? Vous savez que je suis sûr, maintenant ...—écoutez bien—sûr de vous faire gagner votre procès.

—Mais si je le gagne, grâce à d’extraordinaires apparences, et qu’au fond je garde la conviction ...»

Escaldas bondit.

—«Mais vous êtes fou, mon cher monsieur! Vous êtes fou!... Comment pouvez-vous supposer que les apparences suffiraient à faire déposséder un pareil personnage de son état civil, de son titre, de ses biens? Ce n’est pas une apparence qu’il faudra, ce n’est pas une présomption, ce n’est pas même une preuve: ce sont vingt preuves! Et je les aurai!» conclut-il triomphalement.

José ajouta:

—«Je viens de recevoir une dépêche. Savez-vous qui fait route vers la France à l’heure actuelle? Qui sera ici dans deux ou trois semaines?

—Non,» dit Plesguen.

—«Rafaël Pabro, le vieil employé de la maison Rosalez, cette banque de La Paz, où se sont présentés jadis le véritable Renaud de Valcor et son sosie. Ce bonhomme est le seul être, à ma connaissance, qui ait vu l’un et l’autre, qui puisse témoigner de leur fabuleuse ressemblance. Je l’ai décidé à faire le voyage.

—Nous apporte-t-il la lettre où Renaud présentait aux banquiers cet autre lui-même?

—Non. Nous en avons la photographie. Pour l’authenticité de l’original, mieux vaut qu’il reste là-bas, dans les archives de la maison. Les directeurs actuels, gens dont la bonne foi ne saurait être mise en doute, le produiront quand ils en seront requis par la justice. D’ailleurs, Pabro n’en avait pas la garde. Il aurait dû voler ce document, qui, produit de la sorte, ne manquerait pas d’être récusé comme faux. Ne comprenez-vous pas?