Sous les becs de gaz, le marquis examinait à la dérobée les traits de son compagnon.
Une figure froidement énergique, empreinte de ruse et de bestialité. Le front bas et saillant. Les yeux enfoncés, sournois. Les joues glabres, montrant le dessin brutal de la mâchoire. Trente à trente-cinq ans. Un type de force physique. Un tel garçon devait séduire les filles de ce quartier excentrique, où les mœurs gardent une certaine sauvagerie primitive, et où les succès féminins vont aux athlètes.
—«Vous avez la lettre?» prononça enfin le marquis.
Malgré l’empire que M. de Valcor gardait toujours sur lui-même, une légère trépidation altérait sa voix. Il se trouvait en face d’une circonstance tellement impossible à classer dans l’enchaînement logique des choses de ce monde! Cette lettre, qu’il réclamait, à laquelle il attachait tant d’importance, qui, depuis des semaines occupait sa pensée, sans qu’il découvrît, malgré toute sa subtile intelligence, un moyen de la recouvrer, ou seulement de savoir si elle existait encore, cette lettre se trouvait peut-être dans la poche de ce voyou inconnu, ici, sur ce trottoir de Montmartre. Comment cet individu la détenait-il? Qui était-il? Les quelques mots échangés la veille, avenue Marigny, lui semblaient, à cette heure, invraisemblables comme un songe.
L’homme répondit:
—«Non, je n’ai pas le papier sur moi.
—Vous deviez me le montrer.
—Pas si bête, monsieur le marquis. Bibi est solide,» ajouta-t-il en se donnant un coup de poing sur les côtes, «mais vous m’avez l’air de ne pas être mouche non plus. Vaut mieux que les choses se passent en douceur.
—Vous craigniez que je ne vous prisse la lettre par violence?...