—Rien. Vous étiez interprète, m’avez-vous dit hier?

—Oui. Je jaspine plusieurs langues, ayant roulé ma bosse un peu partout.

—C’est dans l’hôtel où l’on vous employait que vous avez rencontré ce Pabro?

—Juste. J’ai tout de suite flairé qu’il y avait quelque chose à faire avec ce vieux-là. On voyait bien qu’il n’était pas riche. Pourtant il ne regardait pas à l’argent. Il ne devait pas voyager pour son compte. Puis, ça crevait les yeux qu’il manigançait quelque canaillerie sans être à la hauteur. Empêtré, cocasse, comme un hibou en plein jour. L’air pas très certain, si l’on venait par derrière, de ne pas sentir une main sur son épaule: «Au nom de la loi!»—«Toi, mon vieux filou, que je me dis, la conscience te gêne. C’est peut-être une occasion de rigoler un brin.» Je m’insinuai dans sa confiance. Comment? C’est dépourvu d’intérêt. Trop facile. Il me raconta d’abord une chose, puis une autre. Un boniment à moitié vrai pour commencer, ensuite un détail plus exact. Je le fis se couper. Je l’effarouchai. Je le rassurai. Bref, il m’ouvrit son petit cœur.

—Il venait de La Paz?» demanda Valcor.

—«Tout droit. Il prétendait d’abord voyager pour le compte d’une maison de banque.

—La maison Perez Rosalez.

—C’est ça. Il y était comptable depuis le déluge, ou aux environs. Mais il avait lâché sa place du jour au lendemain, emportant une poule aux œufs d’or, qui devait faire de lui un rentier parisien ... Son rêve!... Il connaîtrait la grande vie ... Ohé! ohé!

—La poule aux œufs d’or, c’était la lettre!... Une lettre signée de mon nom.

—Oui, mon prince.