Ces lignes, des millions d’êtres les dévorèrent, en pesèrent minutieusement chaque syllabe. Il en résultait de toute évidence qu’au moment où le célèbre explorateur fondait la Valcorie, il avait envoyé à La Paz, pour traiter de ses affaires d’argent avec la banque Rosalez, un personnage investi de toute sa confiance, et dont il faisait remarquer l’étonnante ressemblance avec lui-même.
Les feuilles antivalcoristes sommaient donc le marquis de déclarer quel était ce personnage et ce qu’il était devenu. Tant que l’explication ne serait pas donnée, claire et irréfutable, ils continueraient à prétendre que ce sosie était seul revenu en Europe avec un nom, un titre, une personnalité usurpés, et que le véritable marquis de Valcor dormait son sommeil éternel de l’autre côté de l’Atlantique. L’Aube rouge allait jusqu’à prétendre que cette mort avait dû être le résultat d’un crime, et que le brillant imposteur en gardait le sang sur les mains.
Celui-ci souriait en lisant les invectives du parti adverse.
«S’ils savaient, les imbéciles, que j’ai moi-même envoyé la fameuse lettre au Parquet!»
Après avoir attendu quelques jours, pour que le coup qu’il allait frapper eût son plein effet, M. de Valcor déposa une plainte en faux et usage de faux, refusant de se reconnaître auteur de la lettre versée aux débats par ses adversaires.
C’était un nouveau procès qui s’ouvrait, arrêtant l’autre tout net.
L’instruction criminelle commença, avec les mêmes lenteurs que l’enquête civile, à cause des réponses à attendre de l’Amérique du Sud.
L’hiver, puis le printemps avaient passé. Un autre été s’avançait. Les tribunaux allaient entrer en vacances. L’affaire de faux ne viendrait au rôle qu’à la rentrée d’automne.
Renaud se proposait de partir pour la Bretagne, de donner enfin à sa torture de cœur et d’esprit une trêve plus prolongée que ses hâtifs séjours au château.
Une nouvelle douleur, une nouvelle lutte le retinrent.