—Vous a-t-elle parlé de sa situation? de sa famille? Comment s’appelle-t-elle?

—Elle se refuse à rien révéler. Pauvre créature!... Elle ne m’a pas l’air d’être née pour la mauvaise vie qui l’a conduite au crime. Mais déjà elle revient à Dieu. Votre bonté la sauvera, monsieur le marquis.»

«Si ce n’était pas Bertrande!... Si, par bonheur, je m’étais trompé!...» se disait Renaud, dont la main tremblait en frappant à la porte.

Une femme de chambre lui ouvrit, puis se retira aussitôt avec la religieuse.

Le marquis de Valcor s’avança, et, au détour d’un paravent, vit sur une chaise longue celle dont la pensée le torturait depuis la veille.

C’était bien Bertrande. Il ne s’était pas trompé.

La petite-fille de Mathurine appuyait contre les oreillers son buste, vêtu de flanelle blanche. Un bandeau de linge recouvrait en partie sa tête. Mais, de l’autre côté, ses beaux cheveux, d’un châtain doré, descendaient et contournaient l’oreille en un flot opulent. Une courte-pointe rose égayait un peu cette vision, dont la maigreur et la pâleur, percée par la double flamme de deux larges yeux clairs, désespérément tristes, eussent fait mal. Cependant, malgré son désastre, sa beauté subsistait.

Renaud s’arrêta, le cœur oppressé.

Il lui semblait, dans cette ressemblance fanée, et comme effacée, de sa fille, découvrir le ravage que pourraient faire le mal et la douleur sur sa Micheline si rayonnante et si pure.

Il murmura: