—«Mais vous parlez comme si vous pouviez croire que mon père soit encore vivant!»
Alors, pour s’en faire une auxiliaire, Gilbert lui avait tout dit, tout ce qu’elle ignorait, absorbée par son triste amour et sa maternité prochaine, indifférente à ce qu’on lit dans les journaux, qu’elle n’ouvrait jamais. D’un seul coup, elle avait appris le procès, les attaques dirigées contre le marquis, sa personnalité contestée, et le soupçon suggéré par elle-même, si involontairement, à propos du tatouage ... Quoi!... cet homme lointain et puissant était peut-être son propre père à elle-même! Quel étourdissement!... Quel vertige!...
Mais non ... Si c’était vrai, si l’on prouvait cette chose inouïe, le père qu’elle retrouverait ne serait plus l’être prestigieux, mais un vil bandit, un imposteur, un voleur, un assassin peut-être!... On le condamnerait ... A quelle peine?... Pouvait-elle savoir?... Ce serait épouvantable et infamant. Et elle en serait cause!... C’était elle qui, par une parole inconséquente, aurait déchaîné la catastrophe et l’expiation.
—«Tu en aurais une chance!» lui avait dit Gilbert. «Car, de tous les millions que la Valcorie a rapportés, il lui en resterait bien quelques-uns, attribués à son œuvre personnelle, et tu deviendrais une héritière, tu partagerais avec ta sœur Micheline.»
Ces paroles avaient fait horreur à Bertrande. Mais, pourtant, quel foudroyant éclair jaillit ensuite sur son âme! Car, sans montrer son trouble et son dégoût, ayant demandé:
—«Qui donc rentrerait en possession du nom et de la fortune des Valcor?»
Elle avait entendu cette réponse:
—«Monsieur de Plesguen et sa fille Françoise.»
Bertrande était amoureuse. Elle était jalouse. Elle connaissait aujourd’hui son amant. Elle comprit. Si l’intérêt du vieux gentilhomme et de sa fille, qui n’étaient de rien à Gilbert, le touchait au point de tout sacrifier dans cette lutte, de s’y lancer corps et âme avec l’acharnement où elle le voyait, c’est qu’il était épris de Mlle de Plesguen, c’est que celle-ci lui accorderait sa main après la victoire.