Enfin, vers neuf heures et demie, le résultat du vote fut proclamé. Les valcoristes l’emportaient. La majorité ratifiait l’élection. Renaud, marquis de Valcor, était député.

Ce vote, commenté le lendemain par tous les journaux du monde, parut un jugement anticipé de la fameuse Affaire.

Ce n’était pas seulement un siège à la Chambre qu’obtenait le personnage énigmatique et discuté. C’était la reconnaissance éclatante de ses droits, de son titre. C’était, du même coup, la revanche des calomnies déversées à cause de lui sur l’aristocratie française. Elle revendiquait hautement comme sien, cette aristocratie, un être d’initiative et d’énergie, explorateur intrépide, véritable fondateur d’une industrie essentielle, jusque-là laissée à des exploitations hasardeuses, destructrices. La noblesse moderne, tant décriée pour son inertie, pour son inadaptation sociale, trouvait en Valcor le champion qui la relevait. N’était-ce pas pour cela, précisément, qu’une cabale infâme s’efforçait d’avilir ce héros, de contester le vieux sang de ses veines? On avait joué du sénile Plesguen. Fantoche qui, sans le savoir, sans le vouloir, faisait le jeu des pires adversaires de sa caste. Mais aujourd’hui enfin la lumière éclatait, les intrigues ténébreuses apparaissaient dans toute leur vilenie, avec cet incident du filigrane.

Les feuilles réactionnaires firent entendre de véritables hymnes de victoire, non seulement au lendemain de la validation, mais surtout lorsque, après enquêtes et contre-enquêtes, il fut prouvé que les faits apportés à la tribune par Eugène Pavert étaient incontestables.

Tout ce qu’il avait dit était exact.

Exacte, la composition de l’encre, qui assignait à l’écriture une date de moins de douze mois.

Exact, le filigrane qui faisait remonter à deux ans au plus la fabrication du papier.

Exacte, la pression inqualifiable exercée sur l’expert par le juge d’instruction, obéissant au Procureur Général, qui lui-même prenait son mot d’ordre dans le cabinet du Ministre.

Le marquis de Valcor attendit, sans se montrer,—mais non sans alimenter l’enthousiasme de la presse, de sa presse, à lui, qui éprouva son adroite et généreuse reconnaissance,—le silence humilié de ses ennemis et l’épanouissement de son apothéose. Puis, un jour,—un beau jour de novembre, vif, clair et fin, où s’annonçait une séance intéressante à la Chambre, il se rendit pour la première fois au Palais-Bourbon.

Il ne s’y rendit pas de trop bonne heure, afin que l’hémicycle fût plein et les tribunes bien garnies.