Quittant la chambre de sa femme par une porte qui communiquait avec son appartement, il se trouva bientôt dans une pièce à peu près semblable, mais meublée plus sévèrement, où il se sentit chez lui, maître enfin de la situation, seul en face des papiers qui, peut-être, allaient transformer son sort, mais du moins prêt à la lutte, et délivré de l’incertitude.
Il commença par aller de l’une à l’autre des trois portes, dont les boiseries foncées coupaient la tenture de damas rouge sombre, et, à chaque serrure, il donna un tour de clef. Il revint ensuite à la table du milieu, posa dessus le paquet, d’ailleurs assez mince, des lettres, s’assit, et, vérifiant les dates, prit le feuillet le moins ancien.
Celui-ci avait dû être enroulé autour des autres. Il ne portait qu’une courte inscription, d’une écriture où, malgré plus de vingt années écoulées, Renaud ne put pas ne point reconnaître la sienne telle qu’elle était aujourd’hui.
Ces mêmes lignes, sans doute, avaient éveillé l’attention de Laurence.
Elles avaient dû rester presque entièrement cachées par un ruban, dont on distinguait la trace pâle, revenue en plusieurs tours sur le papier jauni. Et Mme de Valcor avait dénoué ce ruban, que Micheline, heureusement, lui rapportait intact.
Ainsi la jeune fille devait ignorer ces mots terribles dont sa mère avait été déchirée comme par un poignard:
«Moi, Renaud Yves Alexis, marquis de Valcor, au moment de m’expatrier pour arracher de mon cœur un amour qui sera le seul de ma vie, m’éloignant par la volonté expresse de celle que j’adore et qu’un devoir terrible sépare de moi, j’enferme ici, ne pouvant me résoudre à les détruire, ces lettres qui gardent le secret de notre sublime et déchirante aventure.
«O mon enfant!... enfant de ma noble Gaétane!... enfant de notre chair et de notre âme!... mes yeux te verront-ils jamais?...
«Sois sa consolation!