«Je te bénis.

«Renaud.

«20 février 1877.»

Le marquis lut à mi-voix cette date, réfléchit, puis murmura:

—«Hervé a, cette année, vingt-quatre ans. Nous sommes en 1901. Son anniversaire tombe le 12 mai. Il est donc né trois mois après que ces mots furent écrits. Laurence a dû faire aisément ce calcul. Elle était fixée même avant de parcourir ces lettres.»

La main de Valcor se posa sur les papiers jaunis, où s’apercevait une autre écriture que la sienne, des caractères très fins et très hauts, biens féminins, mais d’une fermeté singulière.

Soit que Renaud eût ces lignes présentes à la pensée au point de n’avoir rien à y apprendre, soit qu’il eût besoin de ressaisir immédiatement quelque fil d’une machination qui se compliquait jusqu’à déconcerter son génie, il ne se hâta point de feuilleter ces pages où dormait un passé mystérieux, mais s’enfonça dans une méditation profonde. Posant les coudes sur la table, il joignit les mains et y appuya son menton.

Qui l’eût vu, dans la solitude et le silence de cette chambre, le regard fixe et droit, les sourcils rapprochés, les lèvres durement closes, avec on ne sait quelle flamme intérieure transparaissant sur ses traits énergiques, eût pressenti ce que la volonté d’un homme peut opposer de résistance au Destin.

Ce visage si beau eût fait peur, jusqu’au moment où une détente soudaine en adoucit l’expression farouche. Quelque chose de douloureux et de passionné trembla autour de la bouche qui s’entr’ouvrit et dans les yeux qui se voilèrent. La face glissa contre les mains où elle s’ensevelit.

Un gémissement s’échappa, étouffé: