Quant à ses parents, enfermés depuis qu’ils avaient quitté le bal, et dont elle ne pouvait approcher, elle se refusait à les plaindre, malgré toute sa tendresse pour eux. Car leurs chagrins, s’ils en avaient, s’étaient manifestés par une attitude tellement incompréhensible et cruelle, que c’est tout au plus si leur fille arrivait à ne pas les juger dans un esprit de blâme et de révolte.
«D’ailleurs,» pensait-elle, «ils ne devraient pas m’écarter ainsi de leurs préoccupations. Puisqu’ils ont cru devoir agir si atrocement contre mon fiancé et contre sa mère, ils ont à m’en rendre compte. Ce sont mes sentiments qu’ils déchirent. C’est mon bonheur qui est en jeu.»
Micheline ne savait rien, hors les quelques mots surpris entre son père et sa mère, et ceux, moins explicites encore, qu’ils lui avaient adressés. Mais, avec la retraite brusque de Mme de Ferneuse et de son fils, dans l’intuition de son jeune cœur amoureux, délicatement vibrant, c’était assez pour lui suggérer les pires craintes.
Ne s’étant pas couchée après le bal, elle attendait impatiemment le déjeuner, qui se servait à une heure. Elle espérait y rencontrer ses parents. Ni l’un ni l’autre n’y parut. Pas plus, d’ailleurs, qu’aucun des hôtes du château. Tous reposaient encore après la nuit de fête.
Mlle de Valcor, par l’intermédiaire d’un domestique, fit alors passer à son père un mot, sous enveloppe cachetée, le suppliant de la recevoir.
Le valet revint avec une réponse, également écrite et close.
«Mon enfant,» disait le marquis, «des affaires très graves m’absorbent, et ta mère, un peu souffrante, ne doit pas être dérangée.
«Aie confiance en moi. Ne sais-tu pas, Micheline, que tu es ma seule raison de vivre, et que le bonheur n’a de sens pour moi qu’en ce qui te concerne?