—«Voilà un flirt qui me paraît sérieux,» murmura José Escaldas.

—«Un flirt!» répéta M. de Plesguen, choqué du mot. «Pour le compte de leurs enfants, alors. Micheline et Hervé sont destinés l’un à l’autre. Leurs fiançailles vont être bientôt officielles.

—Hé!» riposta l’autre, «que les jeunes gens s’aiment, cela va sans dire. Mais pourquoi voulez-vous que les parents aient dit leur dernier mot? Voyez ... Ne forment-ils pas un beau couple?»

Pour la troisième fois, le maître de la maison et sa compagne revenaient à proximité. Une gerbe électrique éclaira en plein le visage et la silhouette de Renaud. C’était vrai: à son aspect seul, on ne pouvait douter qu’il ne fût QUELQU’UN. Sa taille haute, élancée, aux épaules larges, se dessinait sous l’habit avec une vigueur élégante. Comme il était nu-tête, on constatait la richesse drue de ses cheveux foncés, à peine givrés de blanc aux temps. Une barbe brune, en pointe, achevait bien le dessin général du crâne vaste, des joues fines, et contribuait à l’énergie martiale de la physionomie. Les traits, pétris de volonté, eussent été trop marqués de sécheresse peut-être, sans la flamme séductrice du regard. Même ici, ce soir, dans l’artificielle et inégale clarté, on devinait quelle puissance de suggestion flottait dans ces prunelles qui, d’un bleu velouté au grand jour, restaient maintenant indistinctes et ténébreuses. Ce qui échappe à la description, c’était le charme hautain mais attirant, volontaire mais souple, dont cet homme se savait doué et savait user, l’ayant exercé sur bien des êtres, depuis les primitifs les plus rudes, jusqu’aux âmes féminines les plus délicates, les plus compliquées, de la civilisation.

—«Il a pourtant ses cinquante ans sonnés, mon beau cousin,» observa Marc, impressionné par cette persistante jeunesse.

—«Sans sa fille,» demanda l’autre, «ne seriez-vous pas son héritier?

—Mais oui,» dit le représentant de la branche cadette.

Sa réponse tomba sans regret ni emphase. Pourtant il était pauvre, et, lui aussi, avait une fille, sa bien-aimée Françoise, pour laquelle il eût souhaité les splendeurs princières dont se rehaussait le prestige du chef de la maison. Mais Marc avait l’âme d’un gentilhomme. Au plus profond de sa pensée, aussi bien que sur ses lèvres, existait, à l’égard de la richesse, ce sentiment délicat qui n’est pas du dédain, ni même de l’indifférence, mais une sorte de neutralité fière.

D’ailleurs, la brièveté dominait dans son entretien actuel. Évidemment, c’était par pure politesse qu’il échangeait quelques phrases avec son compagnon.

Celui-ci, au contraire, semblait ne pas prononcer une parole sans une intention forte et secrète. En même temps, il examinait la physionomie distinguée, mais peu expressive, de M. de Valcor-Plesguen. Il lançait vers celui-ci des regards furtifs et aigus, comme si la connaissance de son caractère lui eût importé plus qu’il n’eût voulu le laisser voir.