Renaud eut un sourire d’entente. Évidemment le coup avait pu être fait par un inférieur, mais l’impulsion venait de haut.

—«Nous avons,» reprit Laurence, dont la voix s’altéra, «un premier devoir à remplir avant tout. Comment réparer mon offense envers madame de Ferneuse?»

Depuis que son angoisse dominante avait disparu, ce souci la bouleversait. Son corps mince, accablé par les fatigues, par les émotions de la nuit et du matin, s’affaissait sur la chaise longue, dans les dentelles qui avaient paru au petit maçon si miraculeusement vaporeuses. L’effarement remplit ses grands yeux noirs—sa seule beauté—tandis qu’elle posait la question.

—«Voulez-vous m’en laisser le soin?» dit son mari, d’un accent qui exprimait plutôt l’injonction que la prière.

—«Comment vous y prendrez-vous, Renaud? Mon Dieu! Il est impossible de lui dire ...

—Si vous saviez ce qu’il est possible ou impossible de dire, ma petite Laurence, vous ne vous tourmenteriez pas comme vous le faites. Rapportez-vous en à moi, bien que je ne discerne pas encore ce qu’il est le plus opportun de laisser penser à madame de Ferneuse sur cet incident déplorable. Voyez cependant les fâcheux effets de votre caractère impulsif! Mais prenez patience jusqu’à ce que j’aie vu la comtesse. Mes meilleurs arguments jailliront peut-être de notre entretien, de ses dispositions.

—Que pensera-t-elle de moi?

—Aucun mal, Laurence. Croyez-en votre mari, qui a souci de votre dignité autant que de la sienne.

—Mais, que trouverez-vous pour expliquer?... Vous n’allez pas lui laisser croire que je suis jalouse d’elle!»